Rencontres sur les deux versants des Vosges

Chaque visite sur les lieux des combats dans les Vosges est toujours l’occasion de nouvelles rencontres et de découvertes. Ce week-end ci, ce sont les nouvelles vitrines du musée du mémorial du Linge, la découverte du musée de l’ambulance alpine à Mittlach et enfin un parcours autour de la Fontenelle qui ont animé la visite des 8 et 9 juillet 2023, annoncés sur le blog. Voici un petit résumé de ces rencontres.

Les nouveautés du Linge

Le premier rendez-vous du week-end dans les Vosges est donné sur le parking du mémorial du Linge le samedi à 9h30, avec Hubert Durlewanger et Bruno Ferry. Hubert Durlewanger, fils d’Armand qui avait été l’initiateur de la renaissance du site, s’occupe des aspects informatiques de l’association. Bruno Ferry, membre depuis près de 41 ans de l’association, a été responsable du comité scientifique et technique, créé après le départ du conservateur il y a quelques temps. Bruno Ferry est aussi l’auteur de trois ouvrages récents publiés par l’association :

  • Brancardiers ! publié conjointement avec Eric Mansuy et Rémy Jaégle, et sur lequel un article a été publié sur ce blog.
  • Religions, croyances et prophéties, qui outre un rappel sur les prêtres mobilisés, décrit aussi avec une riche iconographie les objets de piété (notamment les médailles) portés par les combattants, les talismans et porte-bonheurs, mais aussi un passage intéressant sur les prophéties.
  • L’enfance mobilisée, être un enfant, 1871-1918, consacré au thème des enfants et de la guerre.

Bruno Ferry est aussi l’auteur d’un ouvrage de référence sur les bijoux patriotiques en Alsace : L’art patriotique face à l’annexion : Alsace-Lorraine : 1871-1918. L’ouvrage qui détaille l’utilisation notamment de la Croix de Lorraine, bien avant sa récupération par la France Libre, a connu un succès remarqué pour un sujet aussi spécialisé.

La nouvelle vitrine sur les combattants du Linge

Dans le musée, c’est la découverte d’abord de la belle vitrine consacrée à différents combattants du Linge, dont le mémorial a récupéré des objets donnés par des descendants. Il y a notamment la figure du général de Pouydraguin (voir ici l’article consacré à cette figure de la guerre dans les Vosges), avec le tableau restauré par le musée et plusieurs de ses décorations. Mais aussi le sergent (devenu lieutenant) JosephAuguste Bernardin (très connu pour son carnet, l’un des meilleurs de la bataille), le sous-lieutenant Maurice Rabaud, le sous-lieutenant Benjamin Michel, le capitaine Lucien Sergent … Par rapport aux photos, la vitrine est encore plus imposante et surtout très réussie. Avec elle, ce sont des parcours individuels à travers des objets et des visages qui lient le visiteur au site.

Les autres vitrines et « exclusivités » du mémorial

Plusieurs vitrines ont aussi été réaménagées ou créées. Notamment une vitrine consacrée aux outils utilisés dans les tranchées, une vitrine sur les enfants et la guerre, une vitrine sur le service de santé. Plusieurs objets touchant aux ambulances alpines ont quant à eux été mis en dépôt au musée de l’ambulance alpine de Mittlach.

Mes deux guides me montrent aussi les « trouvailles » du Linge, des pièces très rares, quasi uniques, conservées dans le musée. Il y a notamment un lance grenades (la bombarde garnier) dont la conception pourrait laisser penser qu’elle date du début du conflit mais apparaît bien plus tard.

Suite et fin

Bien évidemment, au delà de ces visites, ce sont les échanges qui sont passionnants avec ces deux spécialistes. Nous discutons longuement des signes distinctifs des officiers, tels que le sifflet, les porte-cartes. Bruno Ferry mentionne aussi les lunettes cerclées. C’est l’occasion de sortir la photo du commandant qui coche toutes les cases en novembre 1914, et notamment ces fameuses lunettes.

Bruno Ferry m’offre à l’occasion de la visite une très belle carte postale du « monument Barberot », datant d’avant la guerre (donc publiée entre 1934 et 1940). C’est avant sa demande de destruction par les Allemands pendant la deuxième guerre mondiale, auquel il échappe par l’entreprise alsacienne qui en est chargée, et qui la démonte pour la cacher. Il sera remonté après la guerre mais sur un socle et à un endroit différent.

Carte postale du monument Barberot au Linge.

Sans aucun doute, le musée du mémorial devient progressivement un très beau musée de référence sur 14-18, notamment par ce travail de ces passionnés, auquel les dernières publications contribuent grandement.

Philippe van Mastrigt, Hubert Durlewanger, Bruno Ferry.
Selfi « souvenir » de la visite devant le « monument Barberot ». De gauche à droite : Philippe van Mastrigt, Hubert Durlewanger, Bruno Ferry.

L’ambulance alpine de Mittlach

A partir du Linge, nous rejoignons à Metzeral Eric Mansuy ainsi que Jean-Louis Pierret et Francis Volfart de l’Amicale du 133e RI pour un déjeuner au restaurant de l’hôtel Au Soleil d’Or, lieu de ralliement pour de nombreuses visites depuis le début de ce blog en 2015.

A 14h, direction le musée de l’Ambulance Alpine de Mittlach, ouvert par des bénévoles avec l’aide de la mairie (qui a donné le local) et la communauté de communes, en 2015. La publication de Brancardiers ! n’a pu susciter que curiosité accrue pour ce petit musée dont la première pièce principale exposée est le lieu même, gardé dans son « jus » avec ses inscriptions au mur, depuis la fin de la première guerre mondiale.

Rémy Jaéglé, président de l’association et l’un des trois auteurs de « Brancardiers ! » nous y accueille. Nous y retrouvons aussi l’épouse d’Hubert, Marie. Devant nous, une belle vue sur la cote 830.

Local et collections, deux aspects du musée

L’intérieur dévoile trois pièces en sous-sol, accessibles par une entrée aménagée. Objets liés à l’Ambulance alpine mais aussi d’autres objets intéressants sont exposés. Au mur, un motif de feuilles peints et dans certains pièces des inscriptions de plusieurs batailles. Dans un pièce, on trouve un cuisinière encastrée.

L’ambulance est mise en place le 9 juillet 1915, après la bataille de Metzeral (le musée a été inauguré le 9 juillet 2015, exactement 100 ans plus tard). Rémy Jaéglé rappelle d’ailleurs qu’avant cette dernière, il y a d’abord eu la bataille de Mittlach qui permis aux Français de prendre ce village récent, séparé de Metzeral que depuis quelques années. Cernés par les hauteurs sur lesquels les Français étaient installés, les Allemands décidèrent de se replier précipitamment pour éviter l’encerclement. L’ambulance va accueillir un grand nombre de blessés dont certains vont être opérés sur place, d’autres encore succomber (une carte au mur indique l’origine des décédés), et enfin beaucoup évacués vers l’arrière avec les moyens adaptés aux lieux : utilisation de mulets, de chiens, par brancard à roues ou luge. Toutes ces pièces sont présentes dans les lieux.

Curiosités

Le musée abrite aussi dans des vitrines plusieurs collections fort intéressantes. Il y a d’abord un ensemble consacré aux pansements et autres consommables, des éléments rares à trouver et que le musée a pu récupérer par une découverte inopinée dans un grenier. Il y a aussi une vitrine qui comporte un ensemble d’objets de dévotions, que ce soient des médailles mais aussi des figurines et d’autres objets, à mi-chemin entre religieux et talismans pour les poilus qui les portaient. Le sujet est développé dans son ouvrage par Bruno Ferry, mais moi-même, familier des médailles (notamment la médaille miraculeuse portée en grand nombre par les soldats), je ne connaissais pas les petites figurines de Saint-Joseph par exemple, que les soldats portaient dans de petits cylindres. Il y a enfin deux tenues d’ambulanciers anglais et américains, un sujet cher à Eric Mansuy et dont le travail a permis de documenter cet aspect méconnu. J’apprends par ailleurs que des Norvégiens sont aussi présents comme volontaires pour secourir les blessés. Un ouvrage en vente à l’accueil traite plus en détail de ce sujet très méconnu (on trouve d’autres titres intéressants, dont deux volumes de collection sur les chasseurs alpins, le livre d’Eric Mansuy Goodbey Chatot !, les ouvrages du Mémorial dont Brancardiers !, édité conjointement avec le musée de l’Ambulance Alpine).

Une future exposition sur les téléphériques français dans les Vosges

Rémy Jaégé profite de notre présence pour nous faire un exposé très détaillé sur les téléphériques mis en place pour acheminer ravitaillements, munitions voire blessés entre les deux versants des Vosges. Pour cela, il nous déploie une collection impressionnante de clichés analysés en détail, et surtout un ensemble de photos reflétant les restes actuels de ces infrastructures. Une roue conservée au musée est sortie du placard pour nous en montrer la taille. Une exposition va être prévue sur ce sujet.

Près de trois heures plus tard, nous terminons cette visite passionnante.

Bruno Ferry, Francis Vollart, Rémy Jaéglé, Jean-Louis Pierret, Eric Mansuy, Hubert Durlewanger et Philippe van Mastrigt
De gauche à droite : Bruno Ferry, Francis Vollart, Rémy Jaéglé, Jean-Louis Pierret, Eric Mansuy, Hubert Durlewanger et Philippe van Mastrigt

Revisiter La Fontenelle

Dimanche matin, rendez-vous à 10h avec Jean-Luc Gerber et son épouse, pour une visite du site de La Fontenelle. Jean-Luc est le petit-fils du sapeur Marius Gerber, dont le parcours a été publié sur ce blog. C’est une première rencontre de visu après de nombreux échanges, et une promesse honoré de faire cette visite ensemble en étant quelque peu le guide.

Pour arriver sur le site de la nécropole, j’arrive par Saint-Dié et emprunte le col de Robache qu’emprunta le soldat de Corcelles en septembre 1914 pour reprendre La Fontenelle et la Cote 627. Il est toujours étonnant de voir défiler sur les panneaux de circulation ces noms dont les écrits d’il y a plus de cent ans, sont toujours truffés. Une remarque que spontanément, Jean-Luc fait aussi.

Nous profitons des circuits aménagés pour faire un premier tour complet de la cote 627. Les photos installés autour permettent d’imaginer un peu ce que le secteur fut, un exercice difficile quand tout a été rasé et aménagé pour la nécropole. Les quelques traces, comme l’abri Sittler, rappellent l’ancien site sur lequel trône aujourd’hui le monument imposant et les centaines de tombes.

Nous nous engageons ensuite pour le grand tour des « hameaux morts pour la France » qui passe par La Fontenelle, et longe la bordure du champ de bataille à travers chemins et bois. L’occasion d’observer le glacis qui permettait aux Français de monter sur la Cote 627 par des boyaux, et aussi les abris de l’arrière, les anciennes fermes détruites et les nombreuses traces des destructions portées par le relief accidenté du sol.

Au retour, nous arrivons devant la Croix plantée sur le chemin vers la nécropole, qui rappelle notamment le lieu où tomba le lieutenant-colonel Dayet. Un rappel direct de l’article publié il y a peu sur le soldat Seurre, qui s’y traîna en blanc pour ramener le corps.

Philippe van Mastrigt et Jean-Luc Gerber devant le monument Dayet
Philippe van Mastrigt et Jean-Luc Gerber devant le monument Dayet

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