Le musée du Linge a entamé depuis peu une nouvelle étape, après les agrandissements et renouvellements des dernières années. Cette fois-ci, il s’agit d’intégrer les dernières recherches dans sa muséographie, mais aussi à renouveler les expositions pour les rendre encore plus accessibles au « non-experts » (voir ici les explications sur le forum 14-18). Parmi ces changements, une initiative intéressante concerne les combattants, avec des « portraits » de quelques uns, exposés avec des objets leur ayant appartenu. Le sergent Bernardin (il passe sous-lieutenant à titre temporaire le 10 février 1917, lieutenant à titre temporaire le 26 août 1918 pour être nommé définitivement lieutenant le 5 juillet 2023), bien connu pour ses carnets sur la bataille de l’Hilsenfirst et du Linge (« Dans l’enfer du Linge avec le 5e BCP »), mais aussi le général Gaston de Pouydraguin. C’est pour moi l’occasion de rappeler le parcours de ce brillant officier qui s’illustra dans les Vosges et conduisit notamment l’offensive victorieuse de Metzeral, avant de diriger à contrecœur celle du Linge. 

Le parcours du général de Pouydraguin

Un pyrénéen alsacien

Le baron Louis Marie Gaston d’Armau de Pouydraguin nait le 1er février 1862 à Sélestat (Alsace), d’un père officier originaire d’Aubarède (Hautes-Pyrénées) et d’Elise Stoffel, alsacienne, originaire de Sélestat, tous deux ayant optés pour la France après la guerre de 1870/71. Cette origine explique chez le futur général un allemand courant et sans accent. 

Saint-Cyr et les premières affectations

Pouydraguin rentre à St-Cyr en 1882 et en sort en 1884 3e sur 406. Il est affecté au 27e bataillon de chasseurs à pied à Sète. Il fait campagne en Tunisie puis est affecté en 1888 dans les Alpes. Il met à profit sa connaissance de l’italien sur le secteur. Il est admis en 1890 à l’école de guerre. Il se marie la même année. Il est breveté avec la mention « très bien » en 1892. Il est affecté à divers services dont le 2e bureau.

Lors de l’affaire Dreyfus, il témoigne à charge contre son camarade (ils ont fait leur stage ensemble, tous deux sont alsaciens). Sa déposition fait partie du fameux dossier secret. Il dira en 1904 avoir été influencé par l’esprit courant dans l’armée sur cet affaire, et admet avoir ensuite changé d’avis. 

Sa carrière passe par le 3e régiment de tirailleurs algériens (1894-1896), puis au 4e bureau où il débute ce qui dévient une de ses expertises, l’organisation des chemins de fer pour l’armée. 

Ses temps de commandement

Sa promotion au grade de chef de bataillon est ralentie par l’affaire des fiches,  mais il accède au grade en 1905 et fait son temps de commandement avec la troupe au 37e RI de Nancy, auprès du colonel (futur général) de Castelnau. Il revient au 4e bureau en 1907, toujours affecté aux questions de chemin de fer. Il prend le commandement du 4e bureau en 1912. Il accompagne Joffre en Russie en 1913 pour les manœuvres organisées par l’allié de la France. II passe colonel en 1913 et prend le commandement du 26e RI en mars 1914, à Toul/Nancy.

A la tête de la 47e Division en 1915

Comme colonel, il prend part à la bataille des frontières en août 1914 où il est blessé au Grand Couronné. En octobre, il passe général brigade (à titre temporaire) à la tête de la 15e DI. 

Il prend le commandement de la 47e division de chasseurs dans les Vosges le 24 mars 1915. Ses succès vont l’associer à jamais aux diables bleues. 

Victoire à Metzeral, échec au Linge

Dès son commandement pris, il prépare minutieusement l’offensive de la vallée de la Fecht. Sa division prend le Sillackerwasen entre le 17 et 20 avril, puis mène avec l’aide des deux bataillons du 133e RI l’offensive victorieuse sur Metzeral, du 15 au 23 juin 1915.

Pouydraguin veut exploiter cette victoire et la désorganisation allemande pour pousser par la vallée mais le grand Quartier Général décide de passer par les cols. La 129e DI se voit confier la prise du Linge, la 47e devant faire diversion sur le Reichackerkopf. Les deux opérations sont des échecs. La 47e DI relève au Linge la 129e le 31 août. Pouydraguin est profondément marqué  par les pertes importantes de ses unités, en même temps que par la mort la même semaine de deux de ses fils dans l’offensive d’Artois. 

De la Somme à la victoire

Pouydraguin et sa division rejoignent la Somme le 5 juin 1916 et sont engagés dans l’offensive qui démarre le 1er juillet. Le général sera critiqué pour son esprit insuffisamment offensif et prudent par Fayolle.

Il passe néanmoins général de division le 22 août 1917 et prend la tête du 18e corps, en Alsace. Il est ensuite engagé sur la Marne, d’abord contre les offensives allemandes du printemps 1918 puis dans l’offensive de la victoire qui démarre en juillet et l’amène à l’armistice sur la Meuse. 

Il entre à Mulhouse avec son corps d’armée en novembre. 

Entre les deux guerres

Après un passage à Bonn, il est gouverneur militaire de Strasbourg. Alsacien lui même, il constate avec désolation les faux pas de la France en Alsace, et la montée des autonomistes. Il soutient néanmoins par sa présence et son énergie toutes les manifestations qui permettent d’arrimer la province retrouvée à la France. Il quitte l’armée en 1924.

Pendant l’entre-deux guerres, il est toujours actif dans les cérémonies patriotiques, notamment lors de l’inauguration de l’autel de la patrie au Hartmannswillerkopf, et rejoint la Fédération Nationale Catholique du général de Castelnau dans son opposition aux mesures anticléricales. En 1939, face à la menace allemande, il est nommé chef de la défense passive à Strasbourg. 

La 2e guerre mondiale, Pétain.

Quelques jours avant l’entrée des Allemands à Strasbourg, Pouydraguin parvient à rejoindre sa maison dans les Alpes en passant par la Suisse. Il continue pendant toute la guerre le soutien au Souvenir Français, résistance passive face à l’occupant. Il démissionne de l’organisation en 1946, et entame son dernier combat avec le comité pour la libération du Maréchal Pétain

Il meurt le 17 juin 1949 à Paris, puis est enterré à Sélestat. 

La bataille des Hautes-Vosges, Février – Octobre 1915, ouvrage clé du général de Pouydraguin

En 1936, le général de Pouydraguin publie un ouvrage sur la période des offensives dans les Vosges sur la période février – octobre 1915. Republié par le musée du Linge, il reste une source intensément exploité par tous ceux qui s’intéressent à ce front. Il s’agit bien entendu d’un ouvrage de l’époque qui fait la part belle aux opérations militaires plus qu’à un vrai travail d’historien et sa prise de recul qui nous sont aujourd’hui plus familières.

Pouydraguin et le commandant Barberot

Dans son récit, le général de Pouydraguin rend hommage au rôle du commandant Barberot dans le succès de l’offensive sur Metzeral. Il écrit page 151 : 

Une bonne part de ces éloges revenait aussi au 133e RI et au commandant Barberot à qui était dû l’enlèvement du piton 830, clef de la position. 

Il notait déjà page 116 :

Ce résultat [la prise de la cote 830] a été obtenu sans doute grâce au soin avec lequel les détails matériels  de cette opération tant au point de vu de l’artillerie que de l’infanterie ont été préparés mais aussi grâce au moral remarquable de la troupe qui l’a exécuté.

Il commet toutefois une erreur en attribuant l’ordre de jour avant l’assaut de la cote 830 de Barberot, au chef de bataillon Baudrand (voir à ce sujet cet article du blog). Il en résulte que plusieurs ouvrages reprennent l’erreur en utilisant l’ouvrage de Pouydraguin comme source. 

Plus loin, il rendra un hommage au commandant, lors de sa mort le 4 août, par cette phrase simple :

Le vaillant commandant Barberot du 5e bataillon est tué. Perte irréparable. 

 

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