Après la prise de contrôle du col de la Schlücht et de l’hôtel Altenberg en août 1914, cette dernière reste entre les mains des Français jusqu’à la fin de la guerre. C’est une excellente cible pour l’artillerie allemande dont plusieurs obus vont toucher le bâtiment. En juin 1915, il voit passer les unités qui se préparent pour l’offensive vers Metzeral, puis devient quartier général pendant l’offensive du Linge.

L’armistice rend l’hôtel Altenberg définitivement à la France qui le reconstruit et l’agrandit, d’abord comme sanatorium puis comme centre médical. Mais en 2011, le centre est fermé et le bâtiment mis en vente. C’est le début d’une deuxième agonie de l’hôtel, victime de l’incompétence des services publics, des « huns » modernes que sont les vandales et autres pilleurs, et enfin d’un incendie …

(Cet article faite suite au 1er épisode : août ’14)

Juin 1915, retour sur les terres d’Alsace

Début juin 1915, deux bataillons du 133e RI sont prélevés sur le secteur du Ban-de-Sapt pour renforcer la 66e division dans son offensive dans la vallée de la Fecht. Depuis les jours d’août 1914, les français ont fini la construction de la route des crêtes, axe de communication  essentiel pour les troupes  et les marchandises (munitions, nourriture) entre les deux versants des Vosges. Le col de la Schlücht est l’un des pivots essentiels de ces voies de communication et voit défiler les unités françaises. Barberot écrit dans son courrier du 7 juillet 1915 à ses parents  :

Revenus des tranchées d’Hermanpaire au repos à Etival dans les premiers jours de juin, à peine installé alerte pour attaque boche – qui d’ailleurs n’a pas eu lieu – dans la région de La Forain, marche de nuit etc . . . retour à Etival, une nuit de repos, on dort –Boum, nouvelle alerte cette fois-ci plus sérieuse ; on va se cogner ferme en Alsace, nous sommes conviés à la fête, départ subit, enlèvement en auto, jolie promenade, passage de la Schlucht, camp en Alsace, grimpette sur le col (Gaschney).

Vue de la vallée de Munster à partir de l’Altenberg le 17 juin 1915, semblable à la vue rapportée par Louis de Corcelles

Le soldat Louis de Corcelles laisse un récit très complet de cet épisode (vous pouvez le retrouver dans l’ouvrage publié en 2018 chez Edhisto). Et c’est sans surprise que cet esthète commente la vue de l’hôtel Altenberg qui s’élève devant eux au passage du col :

Les auto-fourgons nous déposèrent à environ trois kilomètres du col de La Schlucht, sur les pentes du Montabeï. Nous étions couverts de poussière et presque aphones, ayant chanté pendant une bonne partie du parcours entre Etival et Gérardmer. Nous voilà donc, pas mal abrutis, poussés à droite de la grande route, dans un grand bois de sapins, où nous fîmes la pose.

Sur la route les chefs se démenaient, Barberot causait et donnait des ordres, escorté des lieutenants Cornet et Cornier. Des bruits circulaient dans la troupe : on devait attaquer Munster et le régiment était chargé d’organiser le terrain conquis. D’après les dires, je me figurais Munster comme une petite ville bouleversée par le canon et ceinte de hautes montagnes que sillonnaient les lignes françaises. Piètre position, me disais-je, que celles des Allemands – un bon coup de collier et les voilà rejetées sur Colmar. Enfin, et ceci montre bien la naïveté du troupier quand il n’est pas renseigné, je croyais les tranchées allemandes à mille mètres tout au plus, alors que 8 kilomètres, en réalité, nous séparaient d’elles. La marche que nous commençâmes vers quatre heures nous en rapprocha. Après avoir traversé une sorte de place d’armes entourée d’abris et de postes de commandement, où Barberot prit les derniers ordres du colonel Baudrand, nous dépassons le pavillon des douanes, passons devant l’hôtel français de La Schlucht, très abîmé et franchissons l’ancienne frontière. J’en fus un peu secoué et ému. Devant nous s’étalait cette grande vallée de Sultzeren qui, s’élargissant vers l’est, montrait, tout embrumée, la vieille terre alsacienne. Je ne m’attendais pas à des pentes aussi escarpées, à un Honneck aussi imposant, couvert de neige au sommet. Cela est rare dans les Vosges et ne se voit guère que dans cette partie de la chaîne. Puis je vis l’Alternberg, le somptueux hôtel allemand, perché sur une haute croupe et outrageusement bombardé ; la façade du côté de l’Allemagne complètement effondrée, montrait un squelette d’architecture énorme et singulier. A 4 kilomètres environ, à vol d’oiseau, du col nous trouvâmes une agglomération de cabanes relativement confortables dues au génie. Il faisait un temps merveilleux, mais la soirée fut fraîche. La fusillade, crépitant assez loin, nous faisait dresser l’oreille. Nous ne distinguions plus la plaine et je m’énervais comme un diable à distinguer Munster à travers les grands sapins. La nuit fut bonne et le canon nous réveilla, il n’était pas loin et le fracas, dans ces bois, était épouvantable

L’hôtel, quartier général de la 7e armée lors la bataille du Linge

L’hôtel devient quartier général français pendant l’offensive du Linge.  Et une cible de choix pour l’artillerie allemande qui continue la destruction de l’édifice lors de bombardements réguliers qui ont lieu tout au long de l’année 1915 et après. C’est à cette occasion que sont pris plusieurs clichés, dont quelques uns nous montrent bien l’état de l’hôtel.

Octobre 1915 à la fin de l’offensive du Linge, le général Dubail au centre.

Reconstruction et déchéance

D’une clinique au grand malade

Après la Grande Guerre, l’hôtel est reconstruit et agrandi pour devenir un sanatorium. Il devient un centre médical par la suite, comptant près de 80 salariés, jusqu’à sa fermeture en 2011.  C’est le début d’une nouvelle agonie.

En effet, il est mis en vente mais ne trouve pas immédiatement preneur. L’établissement propriétaire néglige totalement le bâtiment qui devient la proie de nos « huns » modernes, squatteurs et pilleurs de toute sortes. Arrachage d’installations, vandalisme, tags, fenêtre cassées se conjuguent avec l’absence d’entretien pour dégrader radicalement le bâtiment en quelques années. Le site prend le nom de « clinique du diable« .

En 2017, il est enfin acheté par un investisseur, pour un montant modeste de 100 000 €, alors que sa valeur en 2011 était de 1 600 000 €.

L’incendie de 2019, la fin ?

Ce n’est malheureusement pas l’arrêt de cette triste séquence. Rien n’est entrepris pour remonter le bâtiment, et en 2019 un incident ravage une partie de l’édifice. Il faudra une somme encore plus importante pour le reconstruire. Mais peut-on espérer un jour la renaissance de ce monument ?  Le devenir serait plutôt sa destruction, comme ce fut le cas de l’hôtel du Saut des Cuves, non loin de là.

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