Sifflet du commandant Barberot et croix de Guerre de André Cornet-Auquier

Parfois surgissent au détour d’une recherche des objets du passé qu’on pensait définitivement perdus. Ce fut le cas du fanion du commandant, mais dont on a perdu la trace. Cela vient d’arriver à nouveau et par hasard, en travaillant sur les liens dirigés vers mon site. Au détour d’une adresse, je suis tombé sur une page que je ne connaissais pas. Un long article en anglais y récapitule la carrière du capitaine André Cornet-Auquier (auquel j’ai consacré en 2016 un article ici). La page le cite abondamment (toujours en anglais, mais il faut savoir qu’il était enseignant de lettres en Ecosse avant la guerre) et fournit une iconographie étonnante. D’où viennent ces objets photographiés ? Je ne le sais pas encore mais l’enquête a démarré !  L’une des photos regroupant un sifflet étiqueté et une croix de guerre, attire tout de suite mon attention…

Un sifflet comme cadeau

Le sifflet présenté sur la photo est celui du capitaine Cornet-Auquier, qu’il reçut en cadeau du commandant le 5 janvier 1915. C’est en tout cas l’indication que la précieuse étiquette légèrement quadrillée et ajoutée à l’objet – probablement par son père pasteur ou bien par sa soeur infirmière et après sa mort – précise. On peut lire :

Sifflet ayant appartenu pendant 14 ans au commandant Charles Barberot, tué au Linge le 4 ou 5 août 1915, alors qu’il était commandant du 5e chasseurs. Il s’en est servi pendant toute la campagne de Madagascar et en Crète, ainsi que pendant une partie de la campagne de 1914. Il l’a donné à mon cher André le 5 janvier 1915, et André s’en est lui même servi jusqu’à sa mort, en 1916.

Indications très intéressantes ! Les officiers doivent disposer d’une boussole et d’un sifflet depuis le 2 juillet 1896. A noter que le sifflet n’est pas en dotation et que l’officier doit l’acquérir dans le commerce. L’armée française ne préconise pas un modèle réglementaire, contrairement à l’armée britannique. Le jeune lieutenant Barberot s’équipe donc à sa sortie de Saint-Cyr, quand il rejoint le 4e régiment d’infanterie de marine puis part en Crète pour deux ans de 1897 à 1899. Et il l’amene avec lui à Madagascar entre 1900 et 1902. Il reste que ce sifflet aurait alors 18 plutôt que 14 ans d’usage, mais ce n’est que de peu d’importance, comme l’est la date de décès du commandant (4 août).  

Le sifflet est l’un des accessoires typiques des officiers pendant la Grande Guerre (le commandant Barberot préfère la canne). Son utilisation est immortalisée dans le film de Stanley Kubrick, Les sentiers de la gloire, durant la séquence de l’assaut. On voit qu’il est attaché par un fil à la vareuse du colonel Dax, incarné par le récemment disparu Kirk Douglas. L’instant où il sort de la tranchée, sifflet à la bouche, montre bien ce point d’attache. 

L’épisode est bien entendu sur un autre front et postérieur à la mort du commandant (les soldats portent le casque Adrian, distribué à partir de septembre 1915).

Les circonstances dans lesquelles le lieutenant Cornet-Auquier – il ne devient capitaine à titre temporaire que le 27 mai 1915 mais commande la 1ère compagnie depuis le 19 septembre 1914 – reçoit ce cadeau le 5 janvier 1915 ne sont pas connus. Les courriers de Charles Barberot n’en font pas mention, ni les lettres du capitaine Cornier publiés par son père (mais qui représentent une infime partie des 400 courriers envoyés pendant la guerre, mentionnés en introduction au livre du père). Le bataillon est au repos à cette date à Marzelay depuis le 30 décembre 1914 et vient de fêter le nouvel an. On trouve simplement dans l’ouvrage la mention d’une visite du commandant, peut être le 6 janvier (la date n’est pas claire). Les deux hommes ont eu une longue discussion sur la guerre et le lieutenant (pas encore capitaine) écrit : 

Enfin, comme nous le disions avec le commandant Barberot, qui sort de chez moi, que valent nos vies quand on pense aux années de bonheur et de paix que vont vivre ceux qui viendront après nous ou qui resteront. 

Le  commandant est réellement son mentor et le pousse dans son commandement. C’est une relation très forte qui lie les deux hommes, auquel se joint l’adjoint du bataillon, le capitaine Maxime Cornier. Cela peut expliquer un cadeau qui porte tant de symbolique.

La Croix de guerre du commandant

Bien que ni le site ni l’étiquette ne le mentionnent, la Croix de guerre est elle-aussi liée au commandant Charles Barberot. Celui-ci la remit au capitaine Cornier le 21 juin 1915, quelques jours après la bataille de Metzeral et l’assaut victorieux de la Cote 830 auquel Cornet-Auquier et sa compagnie contribuèrent brillamment. 

Les lettres publiées après sa mort racontent l’épisode :

21 juin. – Ce matin a eu lieu une bien touchante cérémonie : le commandant Barberot m’a remis, devant ma compagnie, la Croix de guerre avec palme. il a adressé quelques paroles à mes hommes, et a lu le texte de ma citation à l’ordre de l’armée. Il a terminé en disant : « C’est pourquoi je suis heureux d’épingler la Croix de guerre sur la poitrine de mon ami le capitaine Cornet-Auquier. » Ce mot « ami » m’a fait un plaisir immense. Puis il m’a embrassé sur les deux joues. Le colonel en a fait autant. Et voilà la médaille de bronze en forme de croix, signe de foi et d’espérance, sur ma capote, avec le beau ruban moiré vert foncé à raies rouges. – Vous étiez présents à la cérémonie, je vous assure … Pour le reste, attendons avec confiance les événements. Dieu veuille, cela suffit. 

Comme le montre la palme en bronze de la décoration, le capitaine Cornier reçoit une citation à l’ordre de l’armée, publiée le 31 août 1915 au journal officiel : 

CORNET (Hector-André-Marie), capitaine au 133e rég. d’infanterie : fait preuve sans cesse des plus belles qualités militaires et a communiqué à sa compagnie l’énergie dont il est animé : le 15 juin, a brillamment enlevé sa compagnie à l’attaque et s’est emparé de trois lignes de tranchées ennemies formidablement organisées. 

L’enquête continue

Reste maintenant à connaître l’endroit où se trouvent ces reliques. J’ai contacté le propriétaire du site au sujet de l’article, et espère un retour. On peut penser qu’ils sont toujours la propriété de la famille, le capitaine faisant partie d’une famille de 6 enfants dont au moins une soeur mariée à Londres. Cela explique peut être comment ces objets se retrouvent sur un site anglais. A suivre …

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