La Fontenelle 2015Il y a cent ans, le 24 juillet 1915, un second assaut français permit de reprendre définitivement les positions de la cote 627 aux Allemands. Il faisait suite à celui du 8 juillet, dans lequel tombaient notamment le soldat Alphonse Grospiron et le capitaine Juvanon du Vachat, évoqués dans ce blog. Cette offensive finale avait lieu alors que en Alsace, l’offensive du Linge avait démarré, et retenait toute l’attention.

A l’occasion de cette deuxième victoire, définitive pour ce secteur, voici l’extrait de l’historique du 133e RI sur cette journée:

Notre attaque du 8 juillet avait formé dans les lignes allemandes, à l’endroit dit point M, au croisement de la route Launois-Moyenmoutiers et du chemin Launois-La Fontenelle, un saillant très prononcé, et cette position entourée de trois côtés par l’ennemi était très pénible à maintenir. D’ailleurs, entre ce point et Battant-de-Bourras, les Allemands occupaient encore d’importants ouvrages. Une nouvelle attaque fut donc décidée dans le but de les rejeter sur Launois et d’élargir notre front sur les pentes sud-est de la cote 627.

Le 23 juillet, le 1er bataillon occupait les tranchées dans le secteur route de Launois-Bois Martignon. En vue de l’attaque qui devait avoir lieu sur le bois Caduc-Launois, les 2ème et 3ème bataillons, cantonnés à Saint-Jean d’Ormont et à Robache, montèrent également en ligne comme troupes de réserve.

Le temps était épouvantable. Depuis plusieurs jours une petite pluie fine, qui ne cessait de tomber, avait transformé le grès rouge de ce terrain imperméable, en un bourbier fangeux. Chaque trou était une mare; les tranchées s’effondraient, et, n’ayant plus d’écoulement, s’emplissaient d’eau. Il eût été impossible d’attaquer dans de telles conditions. Aussi l’opération fut-elle remise au lendemain. Le 24, il pleuvait toujours ! Les hommes étaient entassés dans les parallèles, la toile de tente sur la tête, courbant l’échine sous cette pluie qui les pénétrait et les glaçait.

La préparation d’artillerie commença cependant. Tous les calibres y prenaient part, depuis les mortiers de 220 jusqu’aux obusiers de 58. Du pic d’Ortomont et du bois des Faîtes, le Boche répondait de toutes ses pièces, et bientôt la cote 627 disparut sous un nuage de fumée. L’ennemi était-il donc averti de notre attaque ? Un 210 écrasa dans Daubard l’entrée d’une sape où s’était réfugiée une demi-section de la 2ème compagnie. On se précipita pour dégager les malheureux. A 18 heures, alerte ! L’ennemi venait de sortir de ses tranchées, face à la ligne Daubard-La Faucheuse, et semblait vouloir nous attaquer. Mais, gêné par notre barrage d’artillerie, il s’empêtra dans ses fils de fer et pataugea dans les trous d’obus, sans arriver à progresser sensiblement. Finalement il dut regagner ses parallèles de départ. Presque aussitôt, de longues colonnes de fumée s’élevèrent le long de notre front. Avec des charges allongées de pétard, nous faisions sauter des brèches dans nos chevaux de frise.

L’attaque fut déclenchée à 18 heures 15. En première ligne se trouvaient le 23ème R. I., le 13ème bataillon de chasseurs cyclistes et des éléments volontaires du 43ème territorial. Le 133ème était en réserve : il occupa sans trop de difficulté les tranchées qui lui étaient assignées et les nettoya, y faisant environ 150 prisonniers, dont 1 officier. Un peloton de la 10ème fut appelé pour boucher un trou qui s’était formé entre la 5ème compagnie du 23ème R.I. et les chasseurs cyclistes, vers les maisons au sud de Launois. A 19 heures 30, la 12ème compagnie fut envoyée à Drogan, et la 11ème au bois Caduc, pour aider à l’organisation de la ligne de défense établie par le commandant Roullet, du 23ème. Le lendemain, le 23ème descendait au repos, et le 3ème bataillon du 133ème renforcé d’une compagnie du 23ème qui n’avait pas pris part à l’attaque et d’une compagnie du 43ème territorial, recevait mission de garder et d’organiser la position conquise.

L’attaque, largement poussée sur Launois et au sud-est de la cote 627, avait complètement réussi. La presque totalité des troupes d’assaut ennemies – près de 800 hommes – n’ayant pas eu le temps de se retirer, tomba entre nos mains. Cette série d’attaques établissait, d’une façon définitive, notre prédominance dans le Ban-de-Sapt. Le Boche était définitivement muselé dans ce secteur, et, sauf des bombardements d’une violence rageuse pour nous empêcher d’organiser la position, il ne tenta aucune réaction après ce dernier combat. C’était l’aveu de son impuissance.

Le 27 juillet paraissait cet ordre de la division :

ORDRE DE LA 41ème DIVISION D’INFANTERIE, n° 3 l

Le 27 juillet 1915.

«En transmettant, aux troupes qui ont combattu le 24 juillet, les félicitations du Général commandant l’Armée, le Général commandant la 41ème D. I. est heureux de dire à toute la 82ème brigade, au 6ème groupe cycliste, à la compagnie 7/2 du Génie et à l’artillerie de la division, la fierté qu’il éprouve à commander des hommes qui, en un mois, malgré les fatigues et les pertes, ont remporté sur l’ennemi trois brillants succès tant en Alsace qu’à la Fontenelle.
«Pendant cette période, plus de 2000 prisonniers, 24 mitrailleuses, des minenwerfers et un immense matériel sont tombés entre leurs mains. Le territoire qu’ils ont rendu à la France et la page de gloire qu’ils ont ajoutée à leur historique valent leurs sacrifices.

Le Général commandant la 41ème division les en remercie et compte sur eux dans l’avenir. »

«Signé: DE LA TOUCHE. »

Le même jour, les sous-lieutenants Girel et Defert étaient décorés de la Légion d’Honneur; l’adjudant Cornaton, les sergents Savey-Casard, Cholton, Rodot, Collet, Mathieu, le caporal Debeaux, les soldats Dumont, Eogel, Desbats recevaient la Médaille Militaire.

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