blockhauslingeIl y a 100 ans débutait le deuxième temps de l’attaque du 5e BCP pour conquérir la crête du Ligne. Engagé depuis le 25 juillet 1915 sur le front, le 5e BCP avait attaqué le positions allemandes situées sur le crête le 29 juillet, sans toutefois parvenir à pénétrer dans les défenses allemandes. Accroché au terrain dans des tranchées improvisées, les chasseurs consolidèrent leurs positions. Le 1er août 1915, le commandant Barberot lance le deuxième assaut.

Voici ce qu’écrit le général d’Armau de Pouydraguin dans La Bataille des Hautes-Vosges :

Le 1er août, l’attaque reprend à 19h30 après une sérieuse préparation d’artillerie au cours de laquelle 50 déserteurs bavarois se réfugient dans nos lignes, pour échapper, disent-ils, à un feu d’enfer.

A notre gauche, la 3e Brigade attaque le Schratz avec le 5e bataillon. A la droite la 5e Brigade attaque également le Schratz avec le 15e bataillon et le Barrenkopf avec le 12e bataillon qui a relevé le 11e placé en réserve d’armée au Mülwenwald.

Ces deux bataillons ont été fournis par la 2e Brigade de chasseurs de la 47e Division, de même que les 5e, 15e et 27e bataillons par la 66e D.I.

Vers 21 heures nos troupes pénètrent dans les positions ennemies; la gauche et le centre du 5e bataillon occupent les tranchées allemandes de la crête du Linge et du Schratz.

Le 15e bataillon a sa gauche arrêté devant l’ouvrage du sommet du Schratz, ouvrage betonné très solide, mais sa droite progresse; une compagnie du 54e bataillon est poussée entre le 5e et le 15e bataillon pour appuyer l’attaque contre le blockhaus.

Le 12e bataillon progresse dans le Barrenkopf, fait 18 prisionniers et approche du sommet quand son chef, le capitaine Thierry est blessé, ce qui arrête sa progression.

Le 2 août, le 5e bataillon reprend son attaque contre le blockhaus du sommet du Schratz, mais est arrêté par le tir des mitrailleuses sous béton que notre artillerie ne peut réduire au silence.

En miroir de cette vue finalement abstraite, le témoignage du sergent Bernardin donne une vision plus concrète de l’assaut :

[Le commandant Barberot] lève sa canne : c’est le signal.

Aussitôt, sans un cri, sans un mot, collés au barrage de 75 qui nous précède, au risque de prendre quelques-uns de nos obus « sur la g… » suivant l’expression du commandant, nous grimpons à travers les rochers, le dos courbé, la baïonnette haute. Mes vieux lascars ont des mouvements assouplis et nerveux de fauves prêts à bondir sur leur proie… Mais en voilà un (Julien) qui s’abat, bien que nous n’ayons encore reçu aucun coup de feu. Que veut dire ? … Il se couvre la tête de sa pelle-bêche. Je m’élance vers lui : un coup de crosse sur les reins le fait rebondir et se mettre à quatre pattes. Un vigoureux coup de pied dans le derrière le remet debout, et il court comme un lapin pour rejoindre ses camarades. Je le suis à toute vitesse.

Voilà la tranchée allemande qui fume encore des derniers 75 tombés : rien ne bouge. Vite ! (…)

Des mains se lèvent : quelques cris effarés : « Kamerad ! » se font entendre. Le caporal Pardou et ses quatre hommes couchent tout cela en joue. Je rejoins les autres au moment où ils débouchent au sommet de l’arête qui descend du Schratz au Collet du Linge. Notre apparition est saluée par un feu croisé de mitrailleuses postées sur le piton du Schratz et sur l’éperon en arrière du Collet. Je hurle : « Couchez vous ! ». En rampant derrière les blocs de roches et les vieilles souches, en sautant d’un trou d’obus à l’autre, nous avançons toujours (…)

Déjà nous descendons la contre-pente : nous voici à la crête militaire. A quelque 20 ou 30 mètres devant nous, un boyau boche court transversalement, qui se dirige vers le sommet du Schratz. Avant d’y descendre, je regarde à droite et à gauche de ma section : personne ! Je fais passer : « halte ! » (…)

A quelque 50 mètres de distance et derrière nous, les Boches tiennent toujours un énorme blockhaus d’où part un feu d’enfer, tandis que les « grenades à pilon » voltigent… »

Quelle différence toujours entre la vue générale qui décrit des unités avançant ou reculant, et la description concrète du combat…

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