« Le personnel est vraiment surmené » ou les formations sanitaires à l’épreuve de l’offensive du Linge de 1915 (2/2) : itinéraires, postes et personnels face à l’épreuve du Linge

Après avoir abordé dans une première partie l’organisation des services de santé avant le début des combats du Linge, Eric Mansuy entreprend ici comment les différentes ambulances ont absorbé le flux de blessés conséquent ramené des lignes. Le bilan des évacuations sera impressionnant : la 129e division évacue plus de 5 300 blessés et malades entre juillet et août 1915, tandis que Gérardmer reçoit près de 4 000 blessés sous la responsabilité de la 47e division entre juillet et octobre 1915. Quant au personnel sanitaire, il doit faire face à une organisation complexe, des déplacements fréquents, des bombardements, et un surmenage important. 

Merci à nouveau à Eric de nous plonger dans cette facette peu connue de la bataille du Linge.

(suite de l’article précédent)

Trois divisions sont concernées de manière plus ou moins importante par les évacuations à venir, à savoir, du Nord au Sud, la 41e, la 129e et la 47; les évacués partant du Wettstein doivent gagner une formation sanitaire par un « itinéraire Sud » ou un « itinéraire Nord ».

La présentation de ces deux itinéraires et des formations sanitaires qui les jalonnent et auxquels ils aboutissent est ce à quoi nous allons procéder. Pour ce faire, en nous fondant sur le contenu des JMO de ces formations sanitaires et des services de santé des deux divisions d’infanterie engagées, nous avons pris le parti de présenter chacune de celles-ci, en nous éloignant, étape par étape, du Wettstein, et ce tout en suivant le fil chronologique de l’engagement de la 129e division d’infanterie (129e DI), puis de la 47e (47e DI), entre le 20 juillet et le 15 octobre 1915. Autrement dit : en quel lieu a stationné quelle formation sanitaire, à quel moment, et quel a été le rôle joué par celle-ci.

Le Wettstein

 Le Camp Morlière, emplacement des ambulances alpines

 L’Ambulance Alpine 1/75 (du 15 juillet au 6 septembre 1915)

C’est dès le 7 juillet, en prévision de l’offensive à venir, qu’un détachement de cinq hommes menés par un adjudant y arrive et que l’installation de cette formation sanitaire au Wettstein est initiée. Le contenu de son JMO, à cette date, est étonnant : ces hommes « arrivent vers 11 heures du soir au col, trouvant la montagne nue, ne présentant aucun vestige de baraquement utilisable. Tout est à faire. » Après que des travaux de terrassement ont été effectués, l’ambulance alpine se présente dans la nuit du 14 au 15 juillet et « trouve terminé un grand baraquement de 16 mètres sur 8 mètres, divisé en 3 salles : une salle d’attente pour blessés, une grande salle d’opérations, et une troisième salle où sont réunis la pharmacie, les bureaux, la lingerie et les approvisionnements. A 100 mètres, une tente Tollet de 17 mètres sur 8 mètres reçoit les lits destinés aux officiers. Deux abris sont élevés pour les infirmiers et brancardiers qui doivent se joindre à l’ambulance. »

Les jours suivants sont consacrés à la construction d’un abri blindé pour blessés et d’un baraquement pour les intransportables. Le 18 juillet, 30 lits complets peuvent recevoir les grands blessés. Cette formation fonctionne à Wettstein jusqu’au 6 septembre. Un fait instructif et méconnu figure en outre dans ce même JMO :

Il n’est pas sans intérêt de noter qu’en dehors de la pratique de grande chirurgie, du traitement des blessés et de leur évacuation, un rôle relativement important joué par l’ambulance au Col de Wettstein a été le ravitaillement en pansements et médicaments d’urgence des postes de secours de plus de 30 bataillons, régiments et unités d’armes accessoires qui se sont succédés devant le Lingekopff [sic], le Schratzmaennele et le Barrenkopff [sic].

Entre le 19 juillet et le 9 août, l’Ambulance Alpine 1/75 examine et panse ou opère 708 blessés, et en conserve 255, soit plus du tiers de ceux-ci.

L’Ambulance 4/66 (du 9 au 26 août 1915)

Cette ambulance envoie l’un de ses médecins, l’aide-major de 1re classe Marc Baïsset, au Lac Noir dès le 14 juillet, en compagnie d’un caporal et trois infirmiers, pour y installer un poste de réconfort, alors que son officier d’approvisionnement (l’officier d’administration de 3e classe Pierre Cormouls-Houlès) est détaché à Wettstein, et rattaché à l’Ambulance Alpine 1/75. Il y est rejoint le lendemain par le médecin-chef Joseph Damas et les médecins aides-majors Louis Chéron et Jean Dehan. Le 9 août, le reste de son effectif gagne le Wettstein, que l’ambulance quitte le 26 août. Deux de ses infirmiers y sont blessés le 1er et le 24 août, un autre y est tué le 7 août.

 L’Ambulance Alpine 2/65 (à partir du 7 septembre 1915)

Le 6 septembre, le médecin-chef de l’ambulance, le médecin-major de 2e classe Charles Blaise, reçoit l’ordre du médecin divisionnaire de la 47e DI, Jean Vezes, de remplacer l’Ambulance Alpine 1/75 à Wettstein et de continuer à assurer les services du relai de Pairis et du camp du Lac Noir. A partir du lendemain se trouvent à Wettstein un médecin aide-major de 2e classe, un médecin aide-major de 1re classe, un médecin auxiliaire, deux sergents, un caporal, 15 infirmiers, un brigadier du train des équipages et 10 conducteurs.

La formation est présente durant tous les combats livrés par les troupes de la 47e DI, et du 7 septembre au 17 octobre, elle enregistre l’entrée de 743 blessés, 213 malades, 45 accidentés. La fin de la période offensive est marquée dans ses rangs par le bombardement du camp de Wettstein qui, le 17 octobre à 18 heures, frappe mortellement un conducteur du train et blesse deux infirmiers de l’ambulance, dont un grièvement.

De par leur emplacement, les ambulances alpines, très proches des lignes, sont ponctuellement soumises à des bombardements, et la dangerosité d’une telle situation fait éclore le projet de leur déplacement, comme nous le verrons dans un article ultérieur.

(Coll. Musée du Val de Grâce)

L’itinéraire Sud

Cet « itinéraire Sud » passe par Spitzenfels et aboutit aux formations sanitaires de Gérardmer.

Dès le 23 mai, le médecin divisionnaire de la 47e DI effectue une tournée et reconnaît la route de Wettstein au Col de la Schlucht via Soultzeren, route qualifiée de « grande voie naturelle d’évacuation ».

Spitzenfels

Présenté dans le paragraphe VIII de l’instruction approuvée par le général Nollet le 8 juillet, ce poste y était décrit en ces termes :

L’évacuation en automobile par la route de Sulzern ne pouvant se faire que de nuit, le Médecin-Chef du G.B.D. installera un poste de recueil et de réconfort sur la route de Sulzern à la Schlucht, dans les parages du Camp de Bollmessmiss. Les automobiles sanitaires feront, pendant la nuit, la navette entre le Col de Wettstein et ce poste de recueil, d’où les blessés seront transportés à Gérardmer pendant la journée.

L’emplacement de Bollmessmiss, au Nord de la route de la Schlucht

Le poste de recueil qui y est établi (ayant été achevé le 1er avril) est constitué de trois tentes Tortoise et d’une tente pour l’essence et les chauffeurs de la S.S.A. 3, section sanitaire automobile anglaise devant procéder aux évacuations.

Le JMO du service de santé de la 47e DI porte trace du nombre d’évacués qui y ont transité entre le 22 juillet et le 7 août, à savoir 435 blessés. Cependant, tous ne venaient pas du champ de bataille du Linge.

Deux autres catégories d’évacués en direction de Gérardmer sont ainsi parfois mentionnées dans ce même JMO : les « blessés venant de Wettstein par Spitzenfels » (au nombre de 36) et les « blessés venant de Wettstein » ou « blessés venant de Wettstein directement »  (au nombre de 1.207).

Le relai de Spitzenfels sur une carte des évacuations de la 162e DI, en novembre 1918
(Service Historique de la Défense)

Le 8 août 1915 se produit un événement d’une extrême gravité, surtout de par le risque de désorganisation qu’il fait peser sur les évacuations, comme le relate le contenu du JMO du service de santé de la 47e DI :

Aujourd’hui, la route a été très fortement endommagée par des obus de 420 au niveau du tunnel de la Schlucht ; toute circulation est interdite jusqu’à nouvel ordre. Le Médecin Divisionnaire faisant fonction a téléphoné au Médecin Divisionnaire de la 129e D.I. et lui a proposé de remplacer la S.S.A. 4 par des automobiles de la S.S.A. 3 pour les évacuations du Lac Noir au Rudlin et à Gérardmer. Le Chef d’Etat-Major a donné des ordres pour réparer provisoirement la route et permettre le transbordement dans les automobiles des blessés de Sulzeren transportés sur voitures.

En conséquence, les 91 blessés se trouvant encore au Wetstein sont évacués vers le Lac Noir.

Le 9 août,

il n’a pas encore été possible de réparer suffisamment la route de la Schlucht pour le transbordement des blessés, qui est effectué à bras provisoirement sur le chemin allant du Col de la Schlucht à la Cote 1028, à 200 mètres environ au Nord de l’Hôtel de l’Altenberg (carte allemande au 1/20.000e).

Les dégâts causés à la route de la Schlucht le 8 août 1915
(« Des Hautes-Vosges au Chemin des Dames, sur les pas de Raoul Brunon »)

La situation s’améliore cependant quelque peu le 13 août :

Le Médecin Divisionnaire accompagné du capitaine du génie de Montchenu et du commandant de la S.S.A. 3 est allé se rendre compte de l’état de la route de la Schlucht à Sulzeren à la suite du bombardement du 8 août par des obus de 420. Dès maintenant, la route est praticable dans le jour [sic] pour les autos sanitaires et, dans sa partie la plus étranglée, est suffisamment large pour l’empattement des voitures. Toutefois, la route n’est pas encore à l’abri des vues et ne permettrait de circulation sans attirer rapidement l’attention de l’ennemi. Le Médecin Divisionnaire a proposé oralement au Chef d’Etat-Major de pousser les autos venant de Wettstein jusqu’au tournant du Tanet. En ce point, on établira une navette de side-cars jusqu’à la Schlucht, où les blessés seront repris par les automobiles. La navette par autos de Wettstein à Spitzenfels sera augmentée dès aujourd’hui de 3 voitures. Des ordres ont été donnés en ce sens au commandant de la S.S.A. 3.

Des mesures supplémentaires sont à nouveau prises entre le 13 et le 14 :

Le Médecin Divisionnaire est allé conférer au Rudlin avec le Médecin Divisionnaire de la 129e D.I. et, après entente avec le commandement, 3 automobiles de la S.S.A. 3 ont été envoyées dans la nuit du 13 au 14 à Wettstein par le Rudlin, Lac Blanc, route Pairis et route Sulzeren par Pré du Bois. Les automobiles dont le nombre sera augmenté s’il y a lieu, font des navettes de nuit entre Wettstein et le poste de Spitzenfels et entre ce poste et le point de transbordement de la Schlucht, le transbordement étant effectué actuellement sur la route. Période du 11 au 15 août 1915. Par suite du bombardement de la route de la Schlucht, la grande majorité des blessés de Wettstein a été évacuée sur le Lac Noir, le Rudlin et Plainfaing.

Le 17 août, il s’avère que « la circulation des autos sanitaires pourra se faire la nuit, sur la route de la Schlucht à Sulzeren, à partir de ce soir. La circulation dans le jour [sic] ne deviendra possible que lorsque la route sera pourvue des masques nécessaires. »

Le 21 août, le médecin divisionnaire de la 47e DI se rend poste de réconfort de Spitzenfels :

[Il vient] pour surveiller le transbordement des blessés venant des secteurs Sulzeren et Wettstein. L’importance prise par le poste de Spitzenfels à la suite de l’organisation des deux navettes  d’automobiles exige une installation plus complète, que le Médecin-Chef du G.B.D. 47 est chargé d’étudier sur place. En attendant ce complément d’étude, le Médecin Divisionnaire demande qu’une douzaine de masses soient prêtées par le génie au personnel du service de santé de Spitzenfels pour casser des cailloux aux heures de loisir et empierrer l’accès des tentes. La saison pluvieuse et le froid de la nuit font prévoir dès maintenant l’insuffisance des tentes Tortoise comme abris de blessés. […] Le commandant de la S.S.A. 3 n’a rendu compte que des inconvénients du stationnement des autos à Spitzenfels au point de vue de la conservation du matériel. Dans l’hypothèse que la route soit de nouveau coupée par le bombardement, est-il possible de faire passer les autos par une autre voie que celle de la Schlucht ou du Lac Noir ? Telle est la question posée par le Chef d’Etat-Major. Le Médecin Divisionnaire accompagné du Médecin-Chef du G.B.D. 47 et de deux automobilistes de la S.S.A. 3 a été examiner de nouveau la route La Schlucht – Tanet – Lac de Daren – Kerbolz pour savoir si les autos pourraient, le cas échéant, passer de l’autre côté de la montagne par cette voie. Réponse : oui. Par ordre du Chef d’Etat-Major, le stationnement des autos à Spitzenfels a été suspendu.

Les jours passent et, de toute évidence, la réflexion sur une alternative aux deux itinéraires partant de Wettstein est entamée, qui se révèle insatisfaisante : le médecin divisionnaire ayant longé le bois de Mulwenwald par l’Est en conclut :

Cette route est absolument impraticable pour les autos et se termine d’ailleurs en sentier abrupt. Il est inutile de songer à faire des évacuations par cette voie.

Le 10 septembre, il « demande que :

La réparation de la route de Wettstein à Sulzeren soit immédiatement réalisée. Il s’agit notamment de boucher à la dame les trous d’obus afin d’éviter les accidents auxquels sont exposées les autos sanitaires.

Les travaux ne sont pas réalisés avec assez de célérité pour éviter ce qui se produit le 12 septembre :

«Une voiture de la S.S.A. 3 est tombée dans un trou d’obus sur la route de Wettstein cette nuit, vers minuit.

Enfin, le 28 septembre, près de deux mois après la mise hors de service d’une portion de la route de la Schlucht, les choses sont rentrées dans l’ordre :

Le courant normal d’évacuation de Wettstein – Linge – Barrenkopf se fait par Sulzeren.

Gérardmer

Gérardmer est, depuis le début de la guerre, le siège de diverses formations qui bénéficient en outre de l’existence en ses murs d’une gare de laquelle partent les trains sanitaires. Aussi est-il on ne peut plus logique d’y trouver un Hôpital d’Evacuation (HôE ou H.O.E.), dont le rôle est le triage des blessés : certains de ceux-ci gagnent alors l’une des nombreuses formations de Gérardmer, ou prennent place à bord d’un train sanitaire.

L’HôE 2/31 (à partir du 18 mars 1915)

En mars 1915, l’HôE 2/31 prend ses quartiers dans l’Usine Garnier Thiébaut du boulevard Kelch. Il a alors pour tâche de recueillir les blessés et malades de l’Ambulance 4/66, installée à l’Ecole Maternelle. Un terme est mis à la fin du même mois à cette situation, qui causait de graves inconvénients. Au début du mois de juin, le régime des évacuations effectuées par les trains du « ravitaillement quotidien » (R.Q.) est modifié : ils ne doivent plus, dès lors, évacuer que les blessés et malades en direction d’Epinal, alors que les éclopés partent vers un dépôt de la zone des Etapes. Le 23 juin, à l’issue d’une visite du médecin-chef du service de santé des Etapes, le médecin principal de 1re classe Eugène Odile, un accroissement du nombre de lits de l’HôE est décidé, et trois nouvelles salles de l’Ecole Maternelle, qui est déjà une annexe de l’HôE, sont réquisitionnées à partir du 3 juillet. Elles sont pourvues de 70 lits pris à la Caserne Kléber. Ces diverses démarches et décisions participent de la montée en puissance de l’organisation de services de l’HôE alors que viennent de s’achever les combats de la vallée de la Fecht et que se profile l’offensive du Linge.

Le 18 juillet, deux nouvelles infirmières viennent rejoindre les trois déjà présentes, et deux médecins aides-majors de 2e classe (Henri Cambéssèdès et André Rabel) intègrent également la formation. Ce même jour, le médecin-chef du service de santé des Etapes :

demande la répartition immédiate du personnel en prévision de gros arrivages de blessés, des améliorations à l’organisation matérielle de l’Ecole Maternelle, et l’étude d’un projet faisant de l’Ecole Maternelle le centre principal de l’HôE.

Un autre fait extrêmement important se produit, puisque le médecin divisionnaire de la 47e division informe le médecin-chef de l’HôE (Antoine Piéry) que ne seront plus mises à sa disposition les autos sanitaires anglaises assurant le service intérieur de la place de Gérardmer et le transport des blessés vers les trains sanitaires. Le lendemain, ce sont quatre autos sanitaires de substitution qui sont mises à la disposition de l’HôE.

Un blessé extrait d’une auto sanitaire de la S.S.A. 3 devant « l’Hôpital Garnier Thiébaut »
(La Contemporaine)

Au premier jour de l’offensive, le 20 juillet, le triage des blessés est assuré à l’Ecole Maternelle par les médecins aides-majors Jean Faussié, Henri Cambéssèdès, André Rabel et le pharmacien aide-major Louis Bobo. Les petits blessés et éclopés sont maintenus et pansés à l’Ecole Maternelle, les blessés plus sérieux mais transportables sont envoyés à l’HôE central, et les blessés graves intransportables sont dirigés derechef sur les hôpitaux du Centre Hospitalier de Gérardmer. En cette première journée arrivent 119 blessés.

Le service se poursuit sans incident notable, mais le danger n’en est pas exclu : après avoir subi une série de bombardements aériens en avril et mai, Gérardmer reçoit à nouveau trois bombes le 23 juillet, qui tombent près de la gare au moment de l’embarquement des blessés dans le train sanitaire de 9 heures 30, heureusement sans nulle perte humaine.

Le 17 août, alors que le flux de blessés a particulièrement diminué depuis la coupure de la route de la Schlucht, le médecin-chef de l’HôE décrète que l’Ecole Maternelle fermera temporairement et que le triage des blessés aura lieu à l’Usine Garnier Thiébaut, où s’arrêteront les autos sanitaires anglaises.

A la fin du mois d’août, il ressort que l’HôE 2/31 a reçu 1.113 blessés et 394 malades, soit un total de 1.507 entrants ou « passagers » ; il convient cependant de se souvenir que tous ne viennent pas du champ de bataille du Linge mais également de la vallée de la Fecht et des environs de Soultzeren.

Ces données chiffrées, quoique sujettes à caution dans le cadre strict de notre étude, permettent cela étant de prendre également connaissance, à titre d’ordre de grandeur, du nombre d’évacués de Gérardmer, c’est-à-dire 1.075 blessés et 357 malades par trains sanitaires, et 214 blessés, 51 malades par « ravitaillement quotidien » (soit un total de 1.697 évacués).

Alors que les troupes de la 47e DI ont succédé à celles de la 129e DI, l’HôE de Gérardmer poursuit sa tâche et demeure sous la menace des bombes de l’aviation allemande : le 6 septembre, elles sont une dizaine à tomber sur la ville, sans causer de pertes ; le 7 septembre, elles tuent en revanche deux hommes.

En septembre, tout en gardant à l’esprit les précautions énoncées ci-dessus, il apparaît que l’HôE 2/31 a reçu 528 blessés et 346 malades, soit un total de 874 entrants ou « passagers ». Le nombre d’évacués de Gérardmer a été de 484 blessés et 268 malades par trains sanitaires, et 131 blessés, 68 malades par « ravitaillement quotidien » (soit un total de 951 évacués).

Fin octobre, alors que vient de s’achever la période des plus violents combats du Linge, et par là même, celle du flux le plus élevé de blessés et d’évacués, le rédacteur du JMO de l’HôE 2/31 fait état de remarques particulièrement instructives à propos de ce qu’ont pu vivre, pour beaucoup d’entre eux, les évacués de Gérardmer :

Le Médecin Auxiliaire chargé des évacuations sur Epinal par train de ravitaillement a signalé à plusieurs reprises que les 6 voitures aménagées constituées par des fourgons à 2 essieux ne procuraient qu’une suspension extrêmement mauvaise, rendant des plus inconfortables le transport des blessés relativement graves évacués sur Epinal. Devant ces comptes-rendus, le Médecin-Chef de l’HôE demande au Médecin-Chef des Etapes de vouloir bien obtenir de la commission régulatrice qu’au moins un des 6 wagons aménagés soit remplacé par un fourgon de grande vitesse à 3 essieux, aménagé avec des appareils Bréchot et pouvant transporter 12 blessés au lieu de 9, d’accès facile et de suspension excellente d’après les dires des Médecins-Chefs des trains sanitaires qui en ont l’expérience. Cet unique wagon nous serait d’ailleurs en principe suffisant pour assurer les évacuations quotidiennes sur Epinal en dehors des périodes d’attaques.

(« Les Enseignements chirurgicaux de la Grande Guerre »)

L’Ambulance 15/7 (à partir du 2 mars 1915)

Arrivée à la Caserne Kléber de Gérardmer le 2 mars 1915 en provenance de Xonrupt, cette ambulance assure un service d’infirmerie de garnison. Il se poursuit au cours des mois suivants, durant lesquels une partie de ses effectifs lui est prélevée et détachée à d’autres formations sanitaires, en particulier à l’occasion de l’offensive de la vallée de la Fecht, à la mi-juin.

Le 18 juillet, à la demande du général d’Armau de Pouydraguin, commandant la 47e DI, et sur ordre du médecin divisionnaire, quatre infirmiers sont détachés à Bichstein à la disposition du médecin aide-major de 1re classe Artaud de l’Ambulance 3/63. Les effectifs de la formation n’en sont pas pour autant engagés sur le front, et leur service reste concentré à Gérardmer. Le 21 juillet, toujours employée comme infirmerie de garnison, l’ambulance reçoit 157 blessés légers ; elle en évacue 24, en dirige 88 sur le petit dépôt de blessés légers, et conserve les 45 derniers en traitement à l’infirmerie. Le 22 juillet, elle ne reçoit déjà plus que 48 blessés légers, qu’elle traite sur place. Il apparaît que son activité est réduite en cette période pourtant très active, puisque 10 infirmiers lui étant fournis en renfort, venant de la Réserve du Personnel Sanitaire de Gray, le 23 juillet, quittent Gérardmer dès le 2 août. En revanche, le besoin s’en faisant sentir en première ligne, elle détache à l’Ambulance Alpine 1/75 de Wettstein, le médecin aide-major de 2e classe André Bergeret (« avec son matériel de chirurgie d’urgence ») et l’officier d’administration de 3e classe Maxime Cupillard, respectivement le 25 août et le 3 septembre. Ils regagnent tous deux Gérardmer le 1er octobre.

L’Ambulance 3/63 (du 1er septembre 1914 au 12 septembre 1915)

Cette formation, rattachée à la 47e DI début mai 1915, a un rôle très marginal à Gérardmer, et c’est peu dire, au cours des combats du Linge. Le 17 juillet, elle détache un médecin aide-major de 1re classe, Marcel Artaud, accompagné d’un pharmacien, au poste de secours de Bichstein, qu’ils quittent le 1er août. L’ambulance part de Gérardmer le 12 septembre pour Le Rudlin.

L’Ambulance Chirurgicale Automobile n°11 (à partir du 16 septembre 1915)

Originellement stationnée à Fraize, cette « auto chir », devenue là-bas relativement sous-employée alors que Gérardmer pourrait en avoir l’usage, prend la route le 9 août, mais se trouve arrêtée en chemin et apprend que la voie des évacuations de la Schlucht est coupée. Elle fait donc demi-tour, et ne reçoit à nouveau que le 15 septembre, l’ordre de gagner Gérardmer, qu’elle atteint le 16, dressant immédiatement une tente dans le jardin de l’Hôtel du Lac. Elle répartit le lendemain ses médecins entre trois sites : Léopold Le Nouëne, Paul Hallopeau et Robert Rabut vont à l’Hôtel du Lac ; Paul Sourdat et Paul Villechaise sont affectés à l’Hôtel Beau Rivage ; Lucien Laroyenne est à l’Hôtel Terminus. Le JMO de cette formation ne fait état d’aucun événement particulier durant tout son séjour à Gérardmer. Pendant une courte période d’une semaine, elle détache, entre le 21 et le 27 septembre, des médecins au Rudlin.

L’itinéraire Nord

Cet « itinéraire Nord » est jalonné par le Lac Noir, le Calvaire du Lac Blanc, le Rudlin, Plainfaing, Fraize, Anould (Le Souche), Vienville, et aboutit à Bruyères. En outre, un relai d’ambulance se trouve à Pairis.

Pairis

Comme cela est mentionné dans l’instruction approuvée le 8 juillet, « les blessés couchés, qui ne pourront supporter un long transport, seront dirigés sur le relai d’ambulance de Pairis. »

L’Ambulance Alpine 1/75 a installé au début du mois de mars, au Lac Noir, un relai d’ambulance ayant pour fonction d’évacuer plus rapidement les blessés du secteur de Wettstein, mais il apparaît rapidement que ce relai serait mieux placé à Pairis, où il part s’établir. Le fonctionnement de ce relai est alors confié à l’Ambulance Alpine 2/65. Son personnel est celui du relai du Calvaire du Lac Blanc, qui se porte à Pairis. A ce moment, comme le révèle le contenu du JMO de l’Ambulance Alpine 2/65, « le relai de Pairis devient non plus seulement un organe d’évacuation, en liaison avec le relai du Lac Blanc, mais un centre de blessés intransportables (thoraciques et abdominaux). L’Hôtel, occupé par 5 religieuses de Ribeauvillé, se prête à cette installation. Du moins en ce qui concerne le rez-de-chaussée, et non pas sans danger, la façade regardant le val d’Orbey, à 1200 mètres des tranchées allemandes et au milieu des batteries ennemies environnantes. »

Pour ce qui concerne les évacuations proprement dites, il est prévu à la fin du mois de mai que des side-cars seront employés pour les évacuations de Wettstein à Pairis et de Pairis au Lac Blanc, et qu’il en sera de même du Lac Noir au Lac Blanc.

Au début du mois de septembre se trouvent à Pairis un médecin aide-major de 2e classe venu en renfort de l’Ambulance 5/56, deux infirmiers et sept conducteurs du train des équipages. Au 30 septembre, le fonctionnement du relai est assuré par un sergent du 59e régiment d’infanterie territoriale, un caporal, un infirmier, un soldat du 43e régiment d’infanterie territoriale, un brigadier du train des équipages et six conducteurs.

Pairis, si près des lignes allemandes…

Le Lac Noir

L’Ambulance Alpine 2/65 (du 14 juillet au 30 septembre 1915)

Le site du Lac Noir est appelé à tenir un rôle majeur dans la chaîne des évacuations de cet « itinéraire Nord ». Aussi est-ce dès le 14 juillet que le médecin-chef de l’Ambulance Alpine 2/65, le médecin-major de 2e classe Charles Blaise, reçoit l’ordre de diriger sa formation au complet au Lac Noir, qui est atteint à 17 heures, et où l’ambulance s’installe sur la rive droite, occupant alors les locaux de l’infirmerie du camp. Elle reçoit en renfort deux médecins aides-majors de l’Ambulance 2/74.

Le 15 juillet, la formation aménage deux salles, contenant 24 lits, destinées à recevoir des blessés couchés, et quatre salles pouvant recevoir 200 blessés légers.

Au premier jour de l’offensive, le 20 juillet, ce sont 179 blessés qui sont recueillis. Dès lors, l’ambulance ne cesse de recevoir quotidiennement son lot de blessés, de malades et d’accidentés. Les arrivées les plus importantes, au-delà de 120 blessés, ont lieu le 22 juillet (559 blessés), le 23 (136), le 27 (499), le 28 (230), le 30 (244), le 2 août (203), le 5 (291), le 6 (173), le 8 (147), le 19 (123), le 23 (196). Au moment où la 129e DI quitte le secteur, remplacée par la 47e, le flux décroît nettement.

En juillet et août, l’Ambulance Alpine 2/65 a reçu 4.357 blessés, 444 malades, et 266 accidentés. Les blessés de la tête et du cou se montaient à 1.207, 525 étaient des blessés du tronc, 1.449 des membres supérieurs, 1.176 des membres inférieurs. Seuls 22 décès ont été enregistrés à l’ambulance, soit 0,5% des entrés ; tous ces hommes avaient été blessés par éclats d’obus. Lors du premier coup de boutoir allemand subi par les troupes de la 47e DI, le 1er septembre, 151 blessés entrent au Lac Noir. L’Ambulance Alpine 2/65 s’installe au Wettstein le 30 septembre, n’ayant plus reçu que quelques dizaines de blessés au maximum durant le reste de son séjour au Lac Noir. Il n’a pas été de tout repos, en particulier au cours des bombardements du site du 19 août (un médecin auxiliaire et un homme tués) et du 24 août (trois morts, quatre blessés).

Les infrastructures et baraquements du Lac Noir
(Service Historique de la Défense)

Le Calvaire du Lac Blanc

Depuis février 1915 existe au Calvaire du Lac Blanc un relai d’ambulance tenu initialement par l’Ambulance Alpine 2/65. A cette époque, « l’installation se trouve sous bois, dans un abri en planches et se compose d’une salle de blessés avec 10 matelas et sommiers (pris à l’Hôtel du Lac Blanc), d’un local pour le personnel et d’une cuisine » ; son personnel est constitué de trois infirmiers, un brigadier du train des équipages et quatre conducteurs. Dans les mois qui suivent, son effectif passe à un médecin auxiliaire, quatre infirmiers et 10 hommes du train des équipages. Ce relai a alors pour fonction de « coopérer à l’évacuation des blessés arrivant des secteurs de la Weiss et de la Tête des Faux. » Ce secteur est particulièrement exposé et subit de fréquents bombardements, dont l’Hôtel du Lac Blanc fait aussi les frais, étant bombardé peu avant l’offensive, les 8 et 13 juillet.

Le Calvaire du Lac Blanc, sur l’essentiel « itinéraire Nord »

Le Rudlin

L’Ambulance 3/44 (du 14 juillet au 27 août 1915)

Au même titre que le site du Lac Noir, Le Rudlin a joué un rôle majeur dans le fonctionnement des évacuations de cet « itinéraire Nord ». Il s’agit d’ailleurs d’un lieu historiquement lié à l’établissement de formations sanitaires, puisque nombre de celles-ci s’y succèdent depuis le début de la guerre, principalement dans deux résidences.

C’est le 14 juillet que l’Ambulance 3/44 quitte Corcieux pour se rendre au Rudlin, où elle succède à l’Ambulance Alpine 2/65, afin de traiter de grands blessés. Les évacués doivent lui parvenir à bord des autos sanitaires anglaises de Bruyères, demandées via Fraize.

Le 15 juillet, le médecin-chef de l’ambulance, le médecin-major de 2e classe Louis Dumoulin, est détaché à Wettstein pour y faire de la chirurgie d’urgence ; le médecin aide-major de 1re classe Isaac Aba le remplace à la direction de l’ambulance. Un nouveau prélèvement a lieu sur les effectifs le 19 juillet, avec l’affectation du médecin aide-major de 2e classe Jacques Lunez au relai d’ambulance du Lac Blanc.

Le 20 juillet, le rédacteur du JMO de l’Ambulance 3/44 se borne à mentionner un « gros afflux de blessés graves provenant de la bataille du Linge et pour lesquels on établit un service de triage et d’évacuation après vérification ou renouvellement des pansements, extraction de projectiles et interventions si nécessaire également » ; cet afflux est effectivement important, puisque 292 blessés sont accueillis par la formation. Les jours suivants sont marqués par une activité qui reste des plus soutenues, avec 219 évacués sur l’arrière le 21, 361 le 22, 422 le 23, 271 le 24. Ce flux ne baisse que les 25 et 26 juillet, avec respectivement 25 et 46 évacués. Mais ce sont les journées qui suivent qui réservent la somme la plus conséquente d’entrées et d’évacuations : 343 le 27, 524 le 28, 92 le 29, 268 le 30 et 128 le 31.

Cette hausse est si brutale qu’il est décidé le 28 juillet d’organiser au Rudlin un « hôpital chirurgical d’urgence » sous l’égide d’un médecin aide-major de 1re classe de l’Ambulance 2/71. Du 14 au 31 juillet viennent de passer à l’ambulance, 3.101 blessés. Le 1er août en amène encore 53 ; le flux se maintient faiblement le 3 août, avec 69 évacués, puis 58 le 4 août, avant de monter brusquement le 5 (369 évacués) puis le 6 (249). Une tente Bessonneau est alors dressée dans le pré situé vis-à-vis de l’ambulance, où pourront être abrités les blessés couchés, à côté d’une tente Tortoise s’y trouvant déjà. Même s’il n’atteint plus les proportions du mois de juillet, le nombre des blessés passés par cette formation reste important, comme le 9 août, avec 194 évacués.

La tente Tortoise face à l’Ambulance 3/44
(The Graphic)

Au moment où le rédacteur du JMO de l’ambulance dresse son bilan, à son départ du Rudlin, il écrit :

Durant son fonctionnement au Rudlin pendant l’action de la 129e Division, du 14 juillet au 26 août, l’ambulance a donné des soins, accueilli et évacué 5.885 blessés et malades.

Dans un rapport détaillé sur ledit fonctionnement, il est précisé que durant l’offensive :

L’Ambulance 3/44 est installée au Rudlin dans une villa dont tout le rez-de-chaussée est réservé aux blessés, salle d’opération, de pansement et de repos, bureaux. Au premier, logements des officiers et chambres d’isolement au besoin. […] Les blessés arrivent soit à pied, soit en voitures par le G.B.D., soit plus fréquemment en voitures automobiles des sections françaises et anglaises de Bruyères. Ils viennent soit du Lac Noir (Ambulance 2/65) et blessés provenant en petite partie de Wettstein, soit des relais ou poste de secours, plus […] Lac Blanc, Tête de Faux, Creux d’Argent.

Les blessés sont groupés dans 2 tentes Tortoise, un hangar aménagé en salle d’attente et subissent un premier examen permettant de reconnaître ceux qui ont besoin d’être pansés à nouveau ou dont l’état nécessite des soins plus immédiats. Après cet examen, ils sont immatriculés et classés. Les uns sont réconfortés et expédiés au plus tôt par service santé sur les différentes voies désignées successivement : Fraize, Anould, Bruyères, etc. Les autres passent à la salle de pansement où tous les pansements souillés ou suspects sont renouvelés. Les malades sont réconfortés, reçoivent à boire des boissons chaudes et à manger. Les blessés graves sont expédiés par voiture spéciale sur l’hôpital de Fraize et l’Ambulance Chirurgicale Automobile de Fraize. Les blessés très graves dont l’état les rend intransportables : ils se reposent quelques heures avant de repartir.

Il est indiqué que :

Le temps écoulé entre la blessure et l’arrivée à l’ambulance est très variable, 10 heures à 4 jours.

C’est un point épineux sur lequel nous reviendrons.

L’Ambulance 2/71 (du 28 juillet au 25 août)

Etablie à Plainfaing depuis le 14 juillet, cette formation reçoit, le 28 juillet, l’ordre de se rendre au Rudlin afin d’y installer un hôpital chirurgical accolé à l’Ambulance 3/44 qui aura pour tâche de traiter les blessés intransportables. Ce sont 31 infirmiers qui s’y déplacent. Cet « hôpital chirurgical » prend ses quartiers dans la Villa de Lesseux, abritant 24 lits avec sommiers et matelas. Y officient le médecin-major de 1re classe Auguste Rémond et le médecin aide-major de 2e classe Jules Peraldi, de l’Ambulance 3/44. En vue d’augmenter les moyens de cette structure, des baraques Bessonneau et des lits Picot sont demandés à la Direction des Etapes et Services. Ces baraques sont installées le 10 août derrière les locaux de l’ambulance. Elle traite au final un nombre réduit de blessés, en l’occurrence 71 entre le 29 juillet et le 12 août, comme en atteste le contenu du JMO du service de santé de la 129e DI.

Le 25 août, l’Ambulance 2/71 reçoit l’ordre de quitter Le Rudlin pour Vienville.

Les formations sanitaires du Rudlin peu avant la fin août 1915

L’Ambulance 5/56 (à partir du 26 août 1915)

Stationnée jusque là à Vienville, l’Ambulance 5/56 en part le 26 août pour gagner Le Rudlin. Elle s’y installe avec une double mission : l’une, chirurgicale, doit être assurée par un médecin-major de 2e classe détaché de l’Ambulance 2/74 ; l’autre, médicale, consiste à prendre en charge les petits blessés et les éclopés, qui doivent être rapidement évacués vers Anould. Cette formation a en sus pour tâche d’assurer le service des relais d’ambulance de Pairis et du Calvaire du Lac Blanc. Son JMO ne porte aucun chiffrage quotidien des blessés entrés ou évacués, et n’indique que le nombre de ceux « soignés à l’ambulance du Rudlin du 26 août au 1er décembre : 292 (65 hospitalisés), 36 malades », et le nombre de « passagers » : 834.

L’Ambulance 3/63 (du 12 septembre au 4 octobre 1915)

Partie de Gérardmer, cette ambulance vient remplir au Rudlin une mission de triage, qu’elle remplit jusqu’au 21 septembre, date à laquelle ses médecins sont remplacés par un effectif de l’ACA 11. Mise au repos le 27 septembre, elle prend, le 4 octobre, la direction de Plainfaing pour y assurer un service d’infirmerie de garnison.

Plainfaing

L’Ambulance 2/71 (du 14 au 28 juillet 1915)

Le 14 juillet, alors que l’Ambulance 3/44 quitte Corcieux pour se rendre au Rudlin, l’Ambulance 2/71 en fait de même, à destination de Plainfaing pour sa part. Elle occupe des locaux que vient de quitter l’Ambulance Alpine 1/75, partie vers le Col de Wettstein : trois bâtiments d’un tissage – l’un est réservé aux blessés, un deuxième aux convalescents ou éclopés, le troisième aux contagieux. Cette formation est également chargée d’assurer la réserve de médicaments et masques de la 129e DI. Elle perd rapidement une partie de ses effectifs : les médecins aides-majors de 1re classe Marcel Crespin et Maurice Rabant sont dirigés sur l’Ambulance Alpine 2/65 le 14, les médecins aides-majors de 1re classe Francis Seyroux et Félix Eyssautier partent, le 15, pour l’Ambulance Alpine 1/75.

Le 20 juillet, deux autos sanitaires sont mises à la disposition de l’ambulance pour le transport des blessés – venant « de la région Rudlin, Lac Blanc, Lac Noir » – de Plainfaing à Fraize, et 10 autres pour le transport de Plainfaing à la gare de Bruyères. La formation dispose alors de 50 places libres, en sus de 39 places libres pour éclopés.

A partir du 21 juillet, elle assure une fonction de triage et dirige les grands blessés sur l’hôpital de Plainfaing, les blessés transportables sur l’HôE 2/14 de Bruyères, les blessés légers vers Anould. Le personnel de l’Ambulance 2/71 comprend à cette date, deux médecins, 10 infirmiers de l’Ambulance Alpine 1/75, 23 infirmiers de l’Ambulance 2/71, 13 hommes du train des équipages.

Elle quitte Plainfaing pour Le Rudlin le 28 juillet. Durant son bref séjour, elle a vu transiter, du 21 au 27 juillet, 1.388 cas.

L’Ambulance 5/56 (9 août 1915)

Cette ambulance fait un passage éclair à Plainfaing le 9 août : arrivée à 4 heures, elle n’a le temps de recevoir que quatre blessés. Le 10 août, à midi et demi, lui parvient l’ordre de partir pour Vienville, qu’elle atteint à 19 heures.

L’Ambulance Alpine 1/75 (à partir du 7 septembre 1915)

Partie de Plainfaing pour le Col de Wettstein à la mi-juillet, l’Ambulance Alpine 1/75 y revient au complet le 7 septembre, pour y reprendre son fonctionnement comme infirmerie de garnison, centre de petits blessés, de petits contagieux et dépôt d’éclopés. Son JMO nous apprend que ce sont alors essentiellement des blessés qui l’occupent, en une période durant laquelle ceux qui viennent de connaître de si pénibles heures près de la ligne de feu :

Tous les gradés, caporaux, brigadiers et soldats sont allés dans leurs foyers pour y passer quelques jours de permission régulière.

Fraize

L’Ambulance 12/7 (depuis le 30 octobre 1914)

Cette ambulance – qui appartient organiquement à la 41e DI, occupant la portion septentrionale du front de la VIIe Armée, jusqu’au Col de la Chapelotte – ne cesse de lui être rattachée.

En prévision des combats à venir, le médecin inspecteur Joseph Hassler, directeur du service de santé de la VIIe Armée, et le médecin principal de 2e classe Alexandre Duco, médecin divisionnaire de la 129e DI, passent à Fraize le 13 juillet ; le 18 juillet, c’est au tour du médecin principal de 1re classe Eugène Odile, directeur du service de santé des Etapes, parcourant la région, de prendre une série de dispositions, dont la suivante : l’hôpital de Fraize ne recevra que les grands blessés, les « petits et moyens blessés » et les évacuables sans danger seront directement conduits à la gare d’Anould où l’Ambulance 4/66 installe une section d’évacuation.

Le 20 juillet, l’Ambulance 12/7 reçoit son premier blessé : le capitaine Pierre Tourniol, du 9e régiment d’artillerie de campagne, blessé par éclats d’obus au cuir chevelu et au coude gauche à l’Hörnleskopf.

Le lendemain, 21 juillet, c’est au tour du sous-lieutenant Henri Foubert d’entrer à l’ambulance dans un état grave. Le JMO nous apprend que ce jeune officier :

Présentait un vaste délabrement de la jambe et dut être amputé de la cuisse gauche. M. Rendu, notre dévoué chirurgien, tenta de lui sauver la vie en lui transfusant par un procédé personnel le sang d’un brave artilleur volontaire, le canonnier Gay François, canonnier de 2e classe à la 3e section de munitions du 1er Régiment d’Artillerie de Montagne.

Le flux des entrants est ensuite relativement faible : 12 inévacuables entrent à la formation et 22 blessés y transitent le 22 juillet, 10 entrants et 25 transités sont enregistrés le 23, 8 entrants et 55 transités le 24, 9 entrants et 55 transités les 25 et 26. Le 27 juillet, ce sont 11 blessés qui entrent et 150 qui sont évacués. Le 28 surtout est un pénible jour, comme en atteste le contenu du JMO de la formation :

Cette journée du 28 juillet fut une journée de surmenage pour Monsieur Rendu et pour ses aides habituels, MM. Ballivet et Duhand. Les 2 tables d’opération furent continuellement occupées du matin jusqu’à une heure avancée de la nuit. Onze blessés furent hospitalisés. Un très grand nombre transitèrent : 256 marqués sur la feuille d’évacuation. Vers 16 heures, au milieu de l’encombrement le plus grand, M. le Médecin Inspecteur Hassler, accompagné de M. le Médecin Principal Ducos [sic] et de M. le Médecin-Major Capmas, de l’Ambulance 1/75, fit son apparition. Il manifesta son mécontentement de voir un aussi grand nombre de blessés évacuables encombrer les salles, les corridors, les escaliers, la cour de l’hôpital, et donna les ordres suivants :

1° Tous les petits blessés devront être envoyés directement à Anould par les soins des ambulances de 1re ligne.

2° Sur le trajet des voitures automobiles devra être installé un poste de triage où un Médecin désignera au conducteur quels sont les blessés qui doivent être dirigés sur les formations sanitaires de Fraize : hôpital des blessés et groupe scolaire, sitôt que l’A.A.C. pourra fonctionner. Après son passage à l’hôpital, M. le Médecin Inspecteur alla passer en revue l’Ambulance Automobile Chirurgicale, arrivée la veille à 21 heures et en plein travail d’installation.

Le médecin inspecteur Hassler donne en outre l’ordre à l’Ambulance 12/7 de seconder l’Ambulance Chirurgicale Automobile n°11 (ACA 11) et à en assurer le fonctionnement administratif. Le 29, l’ambulance ne reçoit que quatre blessés et en transfère 22 à l’ACA 11. Le 31 juillet, il est noté que :

Les combats autour du Linge ont diminué beaucoup d’intensité.

Et le 5 août, que :

Les opérations autour du Linge se ralentissent, ce qui permet au Général de Division de donner l’ordre aux chefs de corps de commencer à envoyer en permission de 8 jours les militaires ayant passé plus de 6 mois sur le front.

Mais ce même jour, si la guerre semble – trompeusement – marquer le pas au front, il en va tout autrement à Fraize, qui subit un bombardement aérien vers 19 heures, lequel tue deux femmes et en blesse une troisième, tue un soldat et en blesse quatre autres.

Peu après, il s’avère que :

Fraize ne reçoit pour ainsi dire plus de blessés venant du Linge, le 7 [août] sont entrés 3 blessés à l’hôpital et hier 8 août, pas un seul. La plus grande partie des blessés graves passant par le Col de la Schlucht sont évacués sur le Centre Hospitalier de Gérardmer.

Au moment où s’achève le mois d’août, le bilan est fait du mouvement des blessés ayant concerné l’Ambulance 12/7 : ont été traités 37 blessés de la tête (avec sept décès), 26 blessés de la poitrine (trois décès), cinq blessés de l’abdomen (un décès), 21 blessés des membres supérieurs (un décès), 24 blessés des membres inférieurs (quatre décès), 11 blessés pour blessures multiples (six décès), soit un total de 124 blessés parmi lesquels 22 ont succombé. Les principales opérations pratiquées en août ont été six trépanations, deux amputations de jambe et deux laparotomies pour péritonite.

Le 16 septembre, le rédacteur du JMO écrit : « On se bat encore dans la région du Linge, mais les grosses opérations semblent terminées. » Un renfort de 10 infirmiers en provenance de l’Ambulance 2/74, qui est à Anould, est cependant fourni à l’Ambulance 12/7. Ces hommes ne restent néanmoins à Fraize que jusqu’au 1er octobre.

Le bilan établi à la fin du mois de septembre montre que le flux de blessés a particulièrement décru : ont été traités 11 blessés de la tête (avec trois décès), 5 blessés de la poitrine, deux blessés de l’abdomen (un décès), six blessés des membres supérieurs, neuf blessés des membres inférieurs, deux blessés pour blessures multiples (deux décès), soit un total de 35 blessés parmi lesquels cinq ont succombé. Les principales opérations pratiquées durant ce mois ont été quatre trépanations et une amputation de jambe.

Le ralentissement des opérations militaires provoque des décisions majeures prises le 7 octobre sous l’impulsion du médecin principal de 1re classe Odile, en concertation avec le préfet des Vosges, le sous-préfet de Saint-Dié et le docteur Marius Durand, maire de Fraize. Il est alors décidé que les locaux scolaires du grand bâtiment des Ecoles soient évacués et remis en état par l’Ambulance 12/7, que deux salles du rez-de-chaussée et une salle au premier étage d’un bâtiment séparé, en bordure de la rue des Aulnes, seront aménagés pour y recevoir immédiatement des malades ou blessés, que les bâtiments rendus au personnel enseignant seraient de nouveau immédiatement laissés au service de santé si des événements militaires urgents l’imposaient, et que le médecin-chef de l’ambulance est chargé d’établir avec la « Société Anonyme des Etablissements N. Géliot Fils » à Plainfaing, un bail éventuel qui permettrait d’installer également des malades ou blessés dans l’asile-garderie que cette société possède à proximité des Ecoles.

Comme sur les autres sites, l’offensive du Linge tire ici à sa fin pour ce qui relève de l’activité du service de santé, et le bilan établi à la fin octobre révèle le nombre extrêmement faible de cas traités durant le mois : six blessés de la tête (avec un décès), un blessé du cou, deux blessés du thorax, deux blessés de l’abdomen (un décès), un blessé des membres supérieurs, six blessés des membres inférieurs (un décès), deux blessés pour blessures multiples (un décès), soit un total de 20 blessés parmi lesquels quatre ont succombé. Les principales opérations pratiquées en octobre ont été deux trépanations, une intervention pour appendicite à chaud, une arthrotomie du genou.

L’Ambulance Chirurgicale Automobile n°11 (du 27 juillet au 15 septembre 1915)

Cette formation très particulière reçoit l’ordre de se rendre à Fraize le 27 juillet au matin, et y arrive le jour même vers 21 heures. Elle s’installe dans les Ecoles Municipales et s’implantera au besoin dans le local, voisin, de l’Ecole des Sœurs. Tôt le 28, une tente est dressée dans la cour de l’Ecole Municipale. Le 29, 27 lits sont installés et les premiers blessés se présentent. La tâche de la formation consiste dès lors à :

Hospitaliser, opérer, évacuer [les] blessés ; préparer l’aménagement de locaux en vue de l’installation de plus de 100 lits ; fournir les médecins nécessaires à la garde permanente qui se monte dans le village pour assurer la bonne direction des voitures venant du Rudlin ; aider à l’évacuation des blessés par [ses] voitures que le Médecin-Chef de la place emploie aussi pour le transport des blessés de son ambulance à la gare.

Le 30 juillet, l’ACA 11 reçoit 30 grands blessés, dont 11 sont évacués le soir après avoir été opérés ou pansés. Il se fait jour que des chirurgiens seraient plus utiles ailleurs qu’à Fraize et les 6 et 7 août, par ordre téléphonique, le médecin inspecteur Hassler et le médecin principal Odile demandent que deux chirurgiens et trois infirmiers étudiants en médecine partent pour Gérardmer, et que deux chirurgiens et trois infirmiers étudiants en médecine partent pour Bruyères. La première destination sera celle de Paul Villechaise et Léopold Le Nouëne, Paul Sourdat et Paul Hallopeau étant désignés pour la seconde. Ne restent plus à Fraize que Lucien Laroyenne, médecin-chef, le médecin auxiliaire Robert Rabut, un radiologue et quelques étudiants en médecine.

Le 8 août, le rédacteur du JMO de l’ACA 11 note :

Il n’est pas arrivé de blessés depuis le 30 juillet. Le 8 août, vers les 21 heures, nous recevons de la Direction Médicale des Etapes l’ordre de nous rendre à Gérardmer le lundi 9 août, en laissant à Fraize le personnel nécessaire pour soigner les blessés que nous quittions.

Après s’être mise en route dans l’après-midi pour Gérardmer avec toutes ses voitures, la formation est arrêtée à quatre kilomètres de sa destination par le médecin inspecteur Hassler, passant là en automobile, qui fait avertir le docteur Laroyenne que son « auto chir » doit regagner Fraize :

La route serait coupée par les obus entre Gérardmer et la Schlucht, les blessés ne viendraient donc plus à Gérardmer mais à Fraize.

Une fois de retour au point de départ, il s’avère que le nombre des entrants est cependant bien faible : ils sont 10 le 10 août, 12 le 11 et un seulement le 13, tout comme le 21. Entre le 24 août et le 14 septembre, le nombre des blessés est finalement réduit, puisqu’ils ne sont que 72.

Le 15 septembre, l’ACA 11 reçoit l’ordre de se porter à Gérardmer :

où la formation se reconstituera et se mettra sous les ordres du Médecin-Chef du Centre Hospitalier.

Anould – Le Souche

L’Ambulance 4/66 (du 14 juillet au 8 août 1915)

Le 14 juillet, l’Ambulance 4/66 se trouve à Anould « en réserve », d’après ce qui figure dans le JMO du service de santé de la 129e DI ; elle doit y assurer des missions de triage et d’embarquement des petits blessés en direction de Bruyères. Entre le 23 juillet et le 7 août, cette formation reçoit 1.778 blessés.

L’Ambulance 2/74 (du 8-9 août au 18 octobre 1915)

C’est le 6 août que cette ambulance reçoit l’ordre de gagner le Souche d’Anould, qu’elle atteint le 8 août à 11 heures. 61 blessés lui arrivent au cours de cette même journée, qui sont évacués le soir vers Bruyères. Le 9 août est marqué par un accroissement subit des passages, au nombre de 170.

Les journées suivantes se caractérisent par des arrivées bien moindres de blessés à évacuer, à savoir 33 le 10, 50 le 11, 24 le 12, 18 le 13, 10 le 14…

Au final, entre le 10 et le 31 août, l’Ambulance 2/74 évacue 649 blessés. Les journées les plus chargées ont été le 20 août (74 blessés), le 21 (56), le 23 (112) et le 24 (67). Les dernières journées d’évacuations marquantes sont le 1er septembre (99 blessés) et le 10 septembre (68). 382 blessés sont évacués par ses soins en septembre, et 23 du 1er au 8 octobre.

Le 10 octobre, l’Ambulance 2/74 cesse de fonctionner comme poste d’évacuation à Anould. Elle y reste jusqu’au 18, et part alors pour Bruyères.

Vienville

L’Ambulance 5/56 (du 10 au 25 août 1915)

Brièvement passée à Plainfaing durant la journée du 9 août, cette ambulance s’installe le 10 août en la mairie de Vienville, où elle établit un hôpital de petits blessés et un dépôt d’éclopés. Le 11 lui parviennent 45 petits blessés et malades. Les locaux occupés se révélant d’une capacité d’accueil insuffisante, l’Ambulance 5/56 investit, le 12, plusieurs petites fermes du hameau de Neuné, avec des services distincts pour contagieux, fiévreux et blessés ; les blessés les plus graves sont pour leur part évacués sur Bruyères. Cette formation prend en charge 60 blessés et 242 malades entre le 11 et le 26 août, date à laquelle elle part pour Le Rudlin.

L’Ambulance 2/71 (du 25 au 28 août 1915)

Arrivée sur les lieux le 25 août à 15 heures, la formation n’y stationne, à la suite de l’Ambulance 5/56, que jusqu’au 28 août, sans événement notable.

La mairie de Vienville, été 1915
(coll. part.)

Bruyères

L’HôE 2/14 (depuis le 12 janvier 1915)

A l’instar de Gérardmer, la ville de Bruyères joue, depuis le début du conflit, un rôle essentiel, grâce aux structures et à la gare dont elle dispose, dans le recueil, le traitement et l’évacuation des blessés. Si leur origine est, majoritairement durant le premier semestre 1915, le front du Ban-de-Sapt, la donne change au moment de l’offensive du Linge. Il est intéressant de constater à quel point le 20 juillet est une date charnière : ce jour-là, ses 80 « passagers » viennent encore de Saint-Dié pour 40 d’entre eux, les 40 autres venant de Fraize.

Ce même jour du début de l’offensive, le médecin-chef de l’HôE 2/14, le médecin-major de 1re classe Jean Paviot, prend les dispositions nécessaires à :

L’installation d’un petit poste médical à la papeterie du Souche près Anould – en avant de Fraize – relai sur voie ferrée, qui doit servir aux évacuations de la 129e Division qui opèrera sur les positions du Lingekopf (Munster), et dont les blessés seront évacués par la ligne Lac Blanc, Lac Noir, Plainfaing, Fraize, Anould.

L’HôE de Bruyères étant le point auquel aboutissent les blessés évacués par ce que nous nommons « itinéraire Nord », il est logique que le nombre d’arrivées en provenance du front du Linge y soit considérable : entre le 21 et le 31 juillet, elles se montent à 3.794.

Le médecin-chef de cet HôE fait une série de constats dont certains sont extrêmement éclairants sur le fonctionnement – ou le dysfonctionnement – des évacuations, comme nous le verrons dans un article ultérieur. Si le flux de blessés parvenant à Bruyères lui permet de « lire à distance », en quelque sorte, ce qui se produit sur la ligne de feu, certaines remarques ne manquent pas de sel, à l’exemple de ce qui est noté le 25 juillet :

A noter ce jour que sur les 420 passages, il y a 10 officiers, quand les jours précédents il y en avait eu 1 à 3 par 24 heures. Cette recrudescence tient à ce que, semble-t-il, il a fallu réattaquer la crête du Linge et le haut de « la Carrière ».

Bien entendu, les accalmies toutes relatives au fil de ces évacuations sont aussi remarquables et remarquées près du front qu’à l’arrière, sur tout l’itinéraire. Aussi le 31 juillet est-il marqué par un « calme brusque », suivi le 1er août par un « calme d’autant plus apparent qu’il vient après la période précédente. » Hélas pour ceux qui le subissent de plein fouet et pour ceux qui les évacuent et les soignent, ce calme très fugace et très apparent ne dure pas. Les passages remontent en flèche entre le 2 et le 10 août, avec 1.681 blessés. Ils sont, sans surprise, très importants le 5 août (418 blessés), le 6 (269) et le 9 (198).

Du 11 au 20 août, nous apprenons que

les passages oscillent de 22 à 96 .

Entre le 20 et le 28, ce sont 924 blessés qui arrivent. Une fois encore,

«par les passagers, on tâte le pouls des actions de l’avant.

Entre le 29 août et le 5 septembre,

la situation stagne au Linge, le chiffre des passages oscille de 27 à 64. Une ré-ascension isolée à 176 le 1er septembre.

Du 6 au 24 septembre,

les passages oscillent de 17 à 32, sur lesquels il y a de 5 à 10 blessés, par éclats d’obus, bien que l’ennemi « marmite » fortement le terrain conquis.

Enfin, à partir du 25 septembre, plus aucun événement notable n’émaille le quotidien de l’HôE 2/14.

Une tâche considérable, et considérablement harassante

Quand cessent les plus violents combats du Linge, à la mi-octobre 1915, c’est un bilan époustouflant qui permet d’être fait par le contenu des JMO des services de santé et formations sanitaires des 129e et 47e DI.

La 129e DI a en effet évacué, entre le 21 juillet et le 27 août, un total de 5.315 blessés et malades, du Wettstein vers l’arrière (2.847 en juillet, soit une moyenne de plus de 258 par jour ; 2.468 en août, soit une moyenne de plus de 91 par jour).

Le JMO du service de santé de la 47e DI atteste qu’entre le 20 juillet et le 31 octobre, l’HôE 2/31 et l’Ambulance 15/7 ont, à Gérardmer, reçu un total de 3.936 blessés de guerre. Cependant, comme nous l’avons déjà indiqué, il convient de garder à l’esprit que tous ces blessés ne venaient pas du Linge, a fortiori avant le 26 août, date à laquelle la 47e DI succède à la 129e DI au Linge. Quelques indicateurs n’en demeurent pas moins très instructifs, et tel est le cas des flux relevés au moment des principales attaques. Ainsi peut-on constater 204 entrées les 5 et 6 août (et dans le même temps, 558 évacuations à la 129e DI), 189 les 23 et 24 août (concomitamment à 183 évacuations à la 129e DI), 151 les 1er et 2 septembre, et surtout 115 les 12 et 13 octobre.

Durant près de trois mois, si les combattants du Linge ont terriblement souffert, rien ne semble avoir été épargné au personnel du service de santé voué à leur prêter secours et assistance : difficultés – voire complexité – d’organisation, déplacements et rotations plus ou moins erratiques de formations et de personnel, contraintes de directives ou décisions parfois énigmatiques, exposition aux bombardements et à leurs conséquences, soumission à des luttes de pouvoir de divers échelons…

Il n’en reste pas moins que ces hommes – et femmes, comme nous le verrons dans un autre article – ont montré une solidarité et un dévouement remarquables, et de nombreuses et fréquentes manifestations d’héroïsme, près de la ligne de feu mais aussi à l’arrière où, comme nous l’avons évoqué, le danger pouvait également se manifester. De toutes les mentions faites à la pénibilité de leur tâche, il en est une, très brève, qui en dit long, au passage du médecin inspecteur Hassler à l’HôE 2/14 de Bruyères le 9 août 1915 :

Le personnel est vraiment surmené. Il y a lieu d’étudier le renforcement de ce personnel.

Le médecin inspecteur Joseph Hassler
(coll. Bayard)

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Nos très sincères remerciements à Philippe Koch.

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